La peur, passion secrète

Avis sur L'Exorciste

Avatar Léo Mesguich
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Aujourd'hui, critique d'un film culte. Adoré par certains, et considérés comme dépassé par d'autres, L'Exorciste est un des films qui a fait le plus parler de lui dans l'histoire du cinéma. Il demeure un film classique du cinéma d'horreur et appartient désormais à la culture populaire de base.

Avant tout, je dois préciser que je suis un grand fan du cinéma d'horreur en général. La peur est un sentiment tout à fait passionnant à traiter au cinéma, même s'il est un exercice difficile. En effet, autant comme certains films d'horreur peuvent fasciner et faire frissonner trente ans après leurs sorties (Shining est le meilleur exemple), autant d'autres tombent vite dans l'oubli, car souvent bourrés de clichés et de scènes trop faciles.
De même que le rire, la peur au cinéma est sur une lame de rasoir : il faut toujours que le scénario du film en question reste juste, sincère et suffisamment bien fait pour ne pas tomber dans le vu-et-revu, auquel cas cela ne fera pas vraiment peur et le film passera inaperçu. Un bon film d'horreur est un film qui innove, qui rompt avec le passé, qui présente au spectateur quelque chose qu'il n'a jamais imaginé. Le film peut alors faire ressortir des terreur enfouie chez le spectateur et lui procurer cette délicieuse angoisse que les amateurs de films d'horreur recherchent. La peur au cinéma doit faire autant appel aux névroses, aux souvenirs, aux cauchemars ancrés chez les gens qu'à la surprise, qu'au choc, donc.

Passons à L'Exorcise, qui présente justement beaucoup de ces caractéristiques. Est-il nécessaire de rappeler le synopsis ? Une petite fille possédée par un démon, une mère dépassée, un crescendo vers l'horreur, deux exorcistes leur viennent en aide.
Le film fait énormément appel au hors-champ (ce qui ne se passe pas à l'écran), aux images quasi-subliminales ce qui vient renforcer le malaise. Le montage, brillant, alterne des scènes silencieuses, angoissantes, à des scènes bruyantes, aux sons stridents (les cloches de l'église, les cris, le démon, la musique). William Friedkin, réalisateur de premier plan du Nouvel Hollywood, ne lésine pas non plus sur le côté "dégueulasse" du film, que ce soit

le vomi du démon, l'urine de la petite fille, le cou tournant à 360° ou la masturbation avec le crucifix.

A sa sortie, des femmes enceintes accouchaient, sous le choc, dans des cinémas, ne l'oublions pas.

Rempli de métaphores chrétiennes plus ou moins gratifiantes, L'Exorciste pose la question du recours au sacré et de la valeur du sacré dans la vie. Le film ne donne pas de réponse claire, tout reste auréolé de mystères.
Le scénario de L'Exorciste est aussi, comme toute histoire sur la peur bien écrite, très psychanalytique. Je pense notamment à la longue scène qui décrit la vie du père Karras, avec ses difficultés avec sa mère : le démon s'en servira dans la scène clé finale. Le film parle clairement de la fragilité des êtres, de leurs pulsions et de l'inconscient qui resurgit toujours, on peut aussi penser à la scène où Karras voit les mots "Help me" apparaître sur le ventre de Regan.

Alors même si le film date de 1973, il n'a pas vieilli tant que ça, bien au contraire. Avec un montage absolument génial, pensé dans les moindres détails, un scénario aussi intelligent, faisant appel aux inconscients et interrogeant nos croyances spirituelles, L'Exorciste a bien sa place parmi les chefs d'oeuvre de l'horreur. Il reste un film exceptionnel, où le talent du réalisateur est évident. C'est un film terrifiant mais aussi, en le regardant avec un œil cinéphile, terriblement jouissif !

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