Les non-dits de l'histoire

Avis sur L'Hermine

Avatar Jieb Ultron
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Je comprends mieux ce que je n'aimais pas dans le "cinéma français", et je comprends mieux à quel point je me trompais.
L'histoire que nous raconte L'Hermine, ce n'est pas un récit conventionnel, il n'y a pas d'intrigue, seulement les histoires de Michel Racine, de Ditte Lorensen-Cotteret, de Martial Beclin, de Jessica Marton et de leur fille Melissa, et beaucoup d'autres.

Et c'est ce que veut nous montrer Christian Vincent, le réalisateur, l'histoire de personnages, l'histoire de personnes. Et quoi de mieux, pour cela, que de nous présenter un des moments les plus importants de leur vie, au milieu de la banalité du quotidien ?
Car dans la vraie vie, ce qui nous arrive de découle pas d'un jeu d'intrigues. Les circonstances dans lesquelles, les incidents nous arrivent ne sont pas orchestrés par une intelligence artistique ou supérieure. Pour la plupart des gens, hormis la reproduction sociale, le hasard régit quand même pas mal nos vies. Même si on ressent souvent le besoin de faire le récit de sa vie.

Et c'est ce récit que le film refuse de faire, ou du moins, il exploite notre besoin de donner du sens aux évènements, pour nous accrocher aux personnages, en nous laissant la charge et la responsabilité de le faire nous même.
De fait, le choix d'un procès d'assise est on-ne-peut-plus pertinent. Comme le dit le président Racine, "peut-être ne saura-t-on jamais la vérité", car ce n'est pas cette dernière qui importe.
L'histoire qui sert d'armature sur laquelle vient se superposer celle de Luchini et de Knudssen, c'est celle d'un père, Martial Beclin, accusé (et jugé) du meurtre de sa fille de 7 mois. Ce procès connaitra une conclusion, mais pas l'histoire des personnages.
Le rôle de la Cour, dans ce procès, c'est d'essayer de faire la lumière sur ce qui s'est passé, sur ce qui ,chez Martial Beclin, a pu le pousser à commettre ce geste, si tant est qu'il l'ait produit. Or, ce récit ne peut-être qu'incomplet, fragmentaire et n'est possible, comme les juges l'expliquent aux jurés, qu'à partir de ce que l'accusé et les témoins diront. La Cour a donc conscience qu'elle a affaire à des êtres qui ont une histoire, que cette histoire éclaire en partie les événements auxquels elle assiste, et qu'ils en auront une après sur laquelle ils peuvent, pour certains, avoir au moins une petit influence.
Et bien, on est un peu dans cette situation avec Racine et Lorensen-Cotteret.
Disons le tout de suite, Michel Racine n'est pas un personnage très aimable. On se demande un peu, ce que Ditte, peut bien lui trouver. Car on sait qu'elle lui trouve quelque chose, à travers les jeux de regards, avec lui, avec les autres. Et si on a envie que leur histoire aboutisse, c'est bien parce que le film nous rappelle, à travers la familiarité des regards, des gestes, les dires, les non-dits, qu'ils ont dû avoir une histoire complexe et passionnée.
Et c'est ça que j'ai aimé. Le fait que le film nous le rappelle, sans nous donner les réponses. Libre à nous d'y mettre ce que l'on veut. (Combler les blancs du texte dirait Eco).
Cette suggestion nous est faite à travers les personnages. A travers la longue présentation des jurés, le dérapage, on sent que chacun à une histoire, à partir de laquelle ils vont devoir "reconstruire" celle de l'accusé, mais aussi à travers de l'espèce de reconstitution de la soirée de Racine opérée par le juge et l'avocat pendant qu'ils se soulagent aux toilettes.

Et puis il y a la fin. Juste au bon moment.

Bref, un bon film qui me conforte dans ma nouvelle façon de voir le cinéma (et plus simplement de 'mater des films').

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