De l'incidence des élans du coeur sur l'administration de la justice

Avis sur L'Hermine

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Un Président de cour d'assises réputé pour être une "peau de vache" retrouve par pur hasard, parmi les jurés d'un procès en infanticide, une doctoresse qui l'avait soigné des années auparavant alors que, blessé dans un accident de voitures, il avait eu à subir une longue hospitalisation là où elle travaillait. Il était alors tombé amoureux d'elle et le lui avait fait comprendre, mais "ça" n'avait pas abouti (du fait d'hésitations de la part de la doctoresse).
Le déroulement du procès en infanticide est adroitement entrelacé avec le réveil de cette histoire d'amour avortée entre le magistrat (Fabrice Luchini) et l'anesthésiste juré du procès qu'il préside, nous montrant l'incidence que la présence de cette femme que le Président de la cour se reprend à aimer peut avoir sur sa façon soudain plus aiguë et humaine de conduire les débats et l'analyse des faits reprochés au prévenu.
Pour ce qui est donc du "décorticage" de l'éventuelle culpabilité de l'accusé, le film rappelle forcément un peu le célèbre Douze hommes en colère de Lumet et j'ai trouvé que comparé à ce chef d'oeuvre, L'Hermine n'est pas ridicule et que le réalisateur a eu le bon sens de nous éviter un huis-clos dont le déroulement aurait été trop prévisible.
Parmi les points forts du film, il y a bien sûr Luchini (incontestablement, un de nos meilleurs acteurs actuels) et un excellent casting (notamment des jurés, mais aussi de quasiment tous les acteurs du procès), à l'exception de la fille de l'anesthésiste qui, pour moi, surjoue et minaude à l'excès.
Il y a aussi qu'on ne s'ennuie jamais. Rien d'ardu, rien de poussiéreux. Pas de harangues ou plaidoiries qui durent des plombes, dieu merci. Pas non plus de sensationnalisme (comme, par exemple, dans "La Vérité" de Clouzot où les affrontements verbaux de Bardot et Marie-José Nat étaient d'une extrême intensité). Tout est plutôt en demi-teintes, dit mezzo-voce. La reconstitution du procès est simple, factuelle, réaliste. On s'y croit.
Résumons : l'intrigue est bien construite ; les personnages ont de la substance, même ceux qui se taisent ; la photographie est bonne, le montage aussi. Et le vrai sujet du film (voir le titre de ma critique) est mis en scène avec suffisamment de finesse pour s'imposer à nous, nous questionner, sans démonstration didactique ni qu'il soit besoin d'en remettre une couche. Bref, ce genre de film (pas si loin du théâtre filmé, tout procès ayant quelque chose de théâtral) n'est généralement pas mon truc, mais là... j'ai aimé.

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