Quand histoire et Histoire se rencontrent

Avis sur L'Histoire officielle

Avatar Eowyn Cwper
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L'amour d'un parent peut être aveugle, mais l'Histoire ne l'est jamais. Le parent, c'est Alicia, archétype de la classe moyenne un tantinet conservatrice, professeure d'Histoire qui a, ironiquement, doucement été mise en marge du moment présent à cause de subtiles œillères : la dictature (celle-la même dont les menaces ont obligé le tournage à se finir en secret) ne l'atteint plus.

Ainsi déconnectée d'une Histoire qui suit son cours, malgré sa profession et le fait qu'elle a toutes les raisons de remettre ses étudiants sur le droit chemin quand leur toute jeune conscience politique s'enflamme, elle passe sans le savoir à côté du contexte et du sens même de l'adoption de sa fille Gaby. D'où vient vraiment sa fille ? En se posant cette question, elle croit interroger son histoire avec un petit h, mais va rencontrer celle avec un grand H.

Quand elle apprend certaines des pires exactions du régime et qu'elle lit dans les journaux à propos des enfants de "disparus" qui furent adoptés au cours des années, soudain elle rajeunit, car elle est de nouveau synchrone avec l'Histoire. Pour une fois, elle ne dirige pas une leçon trop de fois répétée et à moitié écoutée sur le pourquoi du comment l'Argentine est telle qu'elle est. Pour une fois, elle est l'Histoire.

Ainsi son personnage moyen, plutôt passif, agréable mais sans rien d'extraordinaire se retrouve-t-il à un carrefour historique et politique. Mais surtout, Alicia se met à porter le poids de cette Histoire qu'elle croyait jusqu'ici n'avoir qu'à transmettre : son mari, sa fille, et les gens que ça regarde, voilà que tout à coup ils deviennent plus réels, car quelque chose les unit maintenant qui n'a rien de mondain ou de préfabriqué.

La vie d'Alicia s'en trouve changée, certes, mais ce n'est pas cette finalité qui a mérité la gloire à Puenzo : c'est d'avoir conçu son œuvre, longtemps impénétrable et dissociée du réel, comme un immense émergement depuis un décor banal et depuis longtemps accepté vers une histoire bien plus dense qu'il n'y paraissait au départ. À cela va participer l'interpétation, uniformément juste et intense aux bons endroits, ponctuant un scénario aussi concis qu'exhaustif. Une œuvre qui allie petite et grande histoire en leur donnant vie à toutes deux.

Quantième Art

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