Les pouvoirs de la lecture

Avis sur L'Histoire sans fin

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Tout en proposant un formidable voyage plein d’aventures et de magie, The NeverEnding Story offre une réflexion puissante sur la fiction et sa nécessité à l’homme pour affronter le néant de sa condition de mortel. Aussi le long métrage, en mettant en abyme son spectacle merveilleux par des jeux de va-et-vient entre le monde des représentations mentales du lecteur et le monde auquel le lecteur appartient, deux sphères étroitement connectées et en lien permanent l’une avec l’autre, incarne-t-il la propension naturelle de chaque individu à fictionnaliser le réel pour le rendre habitable et avoir une emprise sur lui.

Ce dédoublement constant nous invite aussi à réfléchir sur l’essence même du conte et ses pouvoirs : il constitue la mémoire, rendue vivante par la voix du conteur, d’une culture réunie autour d’un partage de valeurs, de mythes et de légendes qui lui confèrent son identité. La scène au cours de laquelle le jeune Atreyu erre parmi les ruines d’une cité détruite et reconnaît sur les murs qui l’environnent des dessins narrant les épisodes de sa propre odyssée s’achève sur une discussion avec Gmork, serviteur du néant venu démasquer les chimères de la fiction : il endosse malgré le rôle du narrateur, mais d’un narrateur qui construit moins le récit par son instance qu’il ne le mine en lui renvoyant, comme dans un miroir, son artificialité congénitale.

La résolution du film consiste alors à faire prendre conscience à Bastien de son pouvoir en tant que lecteur, pouvoir d’animer tout un univers, pouvoir de lui permettre de renaître de ses cendres. Wolfgang Petersen signe donc une très belle invitation à la lecture et au voyage, qu’il oppose à l’oubli et au règne de la brutalité – les harceleurs finalement sont châtiés –, une source « sans fin » qui puise au plus profond de l’homme, forte de créatures inoubliables et animées à la perfection, dotée d’une noirceur véritable qui détonne avec la guimauve contemporaine – l’engloutissement du cheval peuplera nos cauchemars. Un chef-d’œuvre intelligent et atemporel.

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