Le western en mutation

Avis sur L'Homme de l'Ouest

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Si l'on excepte la Ruée vers l'Ouest qui est certes un western mais aussi une grande saga familiale, L'Homme de l'Ouest est la dernière contribution d'Anthony Mann dans le domaine westernien auquel il a tant donné. Contrairement aux 5 films qu'il réalisa avec sa vedette James Stewart où il exaltait le lyrisme des grands espaces et l'esprit pionnier qu'il mêlait à l'aventure, ici Mann verse dans le western âpre et plus sombre, qui annonce avec quelques années d'avance le western crépusculaire. Gary Cooper n'est plus le fringant héros du Cavalier du désert ou des Tuniques écarlates, il est en fin de carrière et n'a plus que 5 films à tourner avant sa fin, c'est un homme usé et las, tout comme le personnage de vieux bandit incarné par Lee J. Cobb, ce sont des hommes de l'Ouest vieillissants, celui de Cooper cherche à éviter l'affrontement, les colts se font lourds dans un monde plus violent et plus brutal, et Mann dépeint les petites frappes qui accompagnent Lee J. Cobb, comme des bons à rien mais violents, les temps ont changé, le Bien et le Mal ont revêtu d'autres visages.
Le film témoigne de la grande mutation qui a bouleversé le western hollywoodien à la fin des années 50, comme je le disais, le crépusculaire n'est plus très loin, l'aspect tourmenté et le tragique s'immiscent ici, on le ressent lors des séquences de fin dans la ville abandonnée. Mann joue avec les visages, les objets, le décor, le ton est pessimiste. Il faut voir dans ce film la quintessence de l'art mannien, la synthèse d'un style épuré, grave voire austère mais constamment passionnant. Cet aspect a dû surprendre les puristes du western en 1958, c'est sans doute pour ça que le film fut un échec, boudé par le public.
Heureusement, de nos jours, il est reconnu unanimement comme étant l'un des plus grands films de son auteur, probablement même son chef-d'oeuvre, je ne veux pas être trop catégorique car il y en a d'autres de Mann que j'aime autant. Malgré son âge, Gary Cooper tient encore la route, parfaitement secondé par un Lee J. Cobb truculent et vachard, ai-je déjà dit que cet acteur était formidable ? car oui, je l'apprécie depuis longtemps dans ses rôles de forts en gueule où il excelle. Tous deux sont épaulés par de bons acteurs de complément comme John Dehner, Arthur O'Connell, Royal Dano, Jack Lord (qui sera le futur Steve McGarrett dans la série Hawaï police d'Etat) et aussi la sublime Julie London qui était connue à l'époque comme chanteuse de style crooner (rappelez-vous "Cry me a river", c'était elle) ; aucun cinéphile ne peut oublier sa séquence de déshabillage forcé (dans la limite de la décence requise dans les 50's évidemment), c'était assez audacieux de faire ça dans un western.
L'Homme de l'Ouest est donc un western majeur, où Mann insuffle un réalisme inquiétant, où l'idéalisme du Train sifflera 3 fois a fait place à une intrigue impitoyable et qui forcément renouvelle le genre par la rigueur de la mise en scène.

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