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Terry Gilliam construit toujours ses films autour du même schéma : le spectateur voit le récit se dérouler à travers le regard d’un personnage perdu entre son imaginaire et la réalité (diégétique). Il devient alors impossible de faire la différence entre ce que le personnage imagine, et ce qu’il vit réellement. Partant de ce schéma, chaque film de Gilliam en construit une nouvelle variante. On sait depuis quinze ans qu’un personnage tel que Don Quichotte est tout à fait adapté à l’univers du cinéaste.

On est quelque peu inquiet, au début du film, de ne pas retrouver cette confusion habituelle. Si quelques flash-backs viennent certes troubler la narration, la mise en scène reste traditionnelle et les situations manquent parfois d’originalité.
Et puis la confusion apparaît lorsque les personnages se trouvent contraints de loger dans un camp de réfugiés, que Toby prend pour des terroristes (subtil rappel de l'époque qui accueille son récit). Installés à l’étage, le rêve de Toby commence. A son réveil, Javier en fait le récit. L’univers de Gilliam apparaît : celui d’une réalité que l’onirisme ne cesse d’envahir. Il confond rêve et réalité, mise en scène et réalité. Passé et présent ? On sait que le cinéaste n’en était pas à son premier essai. Outre un tournage diégétique présenté en flash-back, et des situations de tournage qui nous renvoient à son premier échec, il semble en reprendre quelques plans : dans l’une des dernières scènes, Toby est attaqué par trois géants, qui dans leur démarche autant que dans leur apparence, ne sont pas sans rappeler ceux qu’il filmait déjà quinze ans plus tôt, et que l’on aperçoit dans le documentaire Lost in la Mancha (2002).

L’adaptation est libre, mais n’en est pas moins fidèle. L’auberge/refuge dans laquelle sont accueillis les personnages lors de leur premier périple rappelle au lecteur celles qu’il a rencontrées dans le roman, les combats contre des jambons remplis de vin, contre les moulins bien sûr, sont des renvois explicites à l’univers du roman. La plus grande fidélité de Gilliam au personnage de Cervantès ne se trouve pas dans la folie et les situations dans lesquelles elle le fait sombrer, mais plutôt dans la tendresse que nous inspire le pathétique de ce personnage. Enfin [attention Spoiler], la scène la plus fidèle au roman est sans doute celle de sa mort, qui le voit prendre conscience de sa folie, juste avant son dernier souffle, tandis que Toby lui tient la main.

Si le film souffre de quelques moments faibles comme évoqués plus haut, à travers des situations parfois manichéennes, des clichés et quelques scènes assez peu subtiles, il est intelligent tant par la richesse qu’il offre à voir de l’univers du cinéaste et des mécanismes narratifs qu’il permet de mettre en place, que par sa fidélité à la poésie du personnage dans le roman d’origine.

Marine_B_
8
Écrit par

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