Ong Bak à sable

Avis sur L'Honneur du dragon 2

Avatar Raphaël Hennebois
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Kham mène une vie paisible dans un coin reculé de Thaïlande, partagé entre sa vie d'ermite et son enseignement des techniques de boxe thai à de jeunes enfants. Tout bascule le jour où Khun, l'éléphant qui lui a été légué par son père sur son lit de mort, est volé par une bande dirigée par LC, un gangster leader d'un groupe de combat clandestin qui mise sur un attentat pour empêcher la réconciliation de deux parties du pays déchirées par une guerre civile...

Kham va donc partir en ville (comme dans L'honneur du Dragon et Ong Bak), pour retrouver ce qui lui a été volé (comme dans L'honneur du Dragon et Ong Bak), en claquant tous les tibias et avant-bras sur son passage (comme dans L'honneur du Dragon et Ong Bak), afin de récupérer son bien grâce au respect des valeurs traditionnelles du muay thai (comme dans L'honneur du Dragon et Ong Bak)...

L'aspect déjà-vu du film n'est pas tant son problème en soi, ce serait même un code du cinéma de genre, qui veut que l'on retrouve ad nauseam la même trame arpentée par des personnages interchangeables- en toute honnêteté, Jackie Chan et le MCU ont bâti leur succès là-dessus. Là où ça fait mal, c'est que cet Honneur du Dragon 2 marque les retrouvailles avec un extraterrestre de la savate, Tony Jaa, le mec qui est sorti de nulle part pour marquer l'histoire du film d'action avec sa trilogie Ong Bak en 2004, et que beaucoup, y compris moi, voyaient comme le nouveau Jackie Chan. Marquer l'histoire, puis se retirer, poussé au repos par la pression monstre de devenir un phénomène du 7e Art, avant de revenir jouer le clébard exotique de Vin Diesel dans Fast&Furious 7 et xXx 3 (sérieux, mec? Sérieux??)

Nan, le vrai problème du film, c'est de se vautrer sur tous les plans. On attend pas d'un actioner qu'il révolutionne le cinéma, mais qu'il soit assez divertissant pour nous faire oublier ses défauts. Le premier Tom Yun Goong (nom original de L'honneur du dragon) était con comme la lune, mais parsemé de morceaux de bravoure plus enclins à nous décrocher la mâchoire d'émerveillement que de sommeil- le plan-séquence baston de neuf minutes dans le restaurant, le triple affrontement dans le temple en feu qui présentait quatre styles martiaux différents, l'hallucinante poursuite dans l'entrepôt...

Ici, rien de tout ça. Prachya Pinkaew (réal attitré de Jaa, pourtant) et Panna Rittikrai (chorégraphe légendaire du cinéma thai, et réal du jouissif Born to fight en 2005) s'associent pour cocher case par case leur Not to do list: scénario inconsistant: CHECK; bastons faibles et mal cadrées: CHECK; ralentis inutiles: CHECK; effets spéciaux ratés: CHECK; acteurs sous-exploités et casting américain mis sur un pied d'estale: CHECK; montage elliptique et massacré par un passage à l'Ouest: CHECK; blagues foireuses: CHECK; utilisation d'une 3D dégueulasse qui te jette au visage des objets mal dessinés: ULTRA CHECK !

Sérieux, retrouver Tony Jaa dans cette infâmie fait aussi mal au bide qu'un de ses kicks bien placés. L'ami bousille son charisme et ses qualités monstres dans une bouillie de clichés, de surjeu et de green screens voyants à vomir. Ne restent de cet outrage que quelques coups efficaces, qui nous rappellent qu'à une époque, c'était quand même vachement mieux. Un critique disait à l'occasion de la sortie de Star Wars Episode VII qu'il valait mieux se rappeler de ses souvenirs que de tenter de les revivre. J'aurais préféré, à la sortie de cet Honneur du Dragon 2, garder une image pure de Tony Jaa et ne jamais avoir retrouvé le bondissant athlète thailandais dans ce genre de pellicule puérile imaginée par un gamin de sept ans.

Regarder L'honneur du dragon 2, c'est comme racheter le plat de son enfance et découvrir que la mixture qu'on a en bouche a les mêmes ingrédients, mais sans saveur et périmés, et exprimer un intense regret tout en luttant pour ne pas vomir.

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