Le dernier des Moricains

Avis sur L'Impasse

Avatar Marius Jouanny
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Il faut le dire, ce jour-là, je n'étais pas au meilleur de ma forme. Allez savoir pourquoi. Mais dès les premières secondes du film, j'en ai vu un qui portait toute la fatigue et l'accablement du monde dans son regard. Al. Trois balles dans le ventre. Aïe.

Porté par l'une des voix-off les plus émouvantes qu'il m'a été donné d'entendre, "L'Impasse" s'articule tragiquement en sonnant le glas de son personnage, avant de montrer comment il en est arrivé là. Al, après cinq ans de taules alors qu'il devait en tirer trente, doit sa liberté à son avocat et meilleur ami. Dieu sait que le monde a changé, en cinq ans. C'est plus l'héro, maintenant, c'est la coke. Mais Al a décidé de rester en dehors de tout cela. Avec l'âge, on se décourage. Lui, pourtant, est en passe de réaliser son rêve. 70 000 dollars. Et la charmante Penelope Ann Miller. Voilà tout ce qu'il manque à son bonheur. J'aperçois la lumière au bout du tunnel, Al. T'y est presque. Ouch.

Je connais trop peu le cinéma de Brian de Palma (cela devrait vite s'arranger) mais j'avais déjà assisté à sa virtuosité le temps d'une fusillade dans les escaliers d'une gare, celui des "Incorruptibles". Le landau, tout ça. C'était beau. Dans "L'Impasse", sa virtuosité n'a pas de limites, au point qu'elle en devienne naturelle. Ces plans-séquences, ces travellings célestes, cette lumière, cette ombre, cette pluie, tout se dévoile sous nos yeux ébahis avec la plus grande spontanéité. Brian, il sait y faire. Même chaque mot est juste. Il réussit à t'insérer une ou deux boutades, comme ça, en plein milieu d'un bal sanglant sur le fil du rasoir. Et tu ris. De nervosité, car la tension incroyable n'est pas relâchée. D'admiration aussi, car l'alchimie est parfaite. Et pis à la fin, tu pleures. Exactement pour les mêmes raisons.

Décrivant avec génie un implacable et écrasant destin, "L'Impasse" est l'un des plus beaux joyaux des années 90. Brillants de mille éclats comme les yeux sensuels de Penelope Ann Miller, avec une minutie et un sens du cadre qui laisse rêveur. Il permet enfin à un acteur au sommet de son triomphe de nous offrir une interprétation inoubliable. Notamment lorsqu'on le retrouve, sous la pluie, sur un toit d'immeuble, un couvercle de poubelle comme parapluie, à observer Penelope dans l'immeuble d'en face. Brian, je te connais trop peu, mais tu auras du mal à m'éblouir autant la prochaine fois. Et ton obession pour les gares, je vais bien finir par la partager. Après tout, c'est bien là que tout a commencé...

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