There is no emperor. Only an empress.

Avis sur L'Impératrice rouge

Avatar Morrinson
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Qu'on y soit sensible ou pas, le style Sternberg a quelque chose de marquant dans son association presque contradictoire entre le glamour (temporaire) du parcours de Sophie Frédérique, jusqu’à son règne sous la dénomination de Catherine II "impératrice et autocrate de toutes les Russies", et l'expressionnisme de sa mise en scène. J'aurais bien du mal à citer d'autres films ou d'autres auteurs pratiquant un art baroque similaire. "L'impératrice rouge" est dans cette logique un film tout en contrastes, avec des décors et des costumes d'un faste inouï servant d'écrin à une histoire plutôt noire, d'une relative dureté dans le fond. Marlene Dietrich y incarne moins une tsarine s'initiant progressivement à la politique (il n’en sera quasiment pas question) qu'une jeune fille découvrant son pouvoir de séduction et ses nombreuses applications en matière de prise de pouvoir.

Josef von Sternberg filme du côté russe un royaume rempli d'artifices et d'illusions, un palais dans lequel les portes sont immenses et semblent peser des tonnes, et où les voiles, les bougies, les miroirs, les tables emplies de victuailles sont omniprésents. De nombreuses sculptures et figurines torturées ornent le palais de Pierre II de Russie, et les statues convulsées ou grimaçantes semblent faire écho aux horreurs en cours dans les lieux (cf cette scène avec une statue au centre du premier plan, et l'action en arrière-plan). Une mise en scène radicalement baroque, plutôt fascinante en tant que telle mais aussi dans le contraste qu'elle entretient avec l’arc sentimental du scénario.

La découverte par l’héroïne des ténèbres dans lesquelles elle s'avance, pleines de folie et de jalousie, est un moment particulièrement marquant. Les nombreuses séquences en surimpression, ainsi que celles où la caméra se focalise sur un voile au premier plan, laissant derrière lui le visage de Dietrich flou dans son lit, renforce cette atmosphère tragique. "L'impératrice rouge" vaut aussi le détour pour l'image qu'il renvoie de la Russie (stalinienne en 1934), repère de brigands, avec ces scènes pré-code Hays terrifiantes d'hommes torturés et de femmes nues brûlées vives.

[AB #107]

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