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Avis sur L'Incident

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Voir L’Incident de Larry Peerce signifiait probablement pour une grande partie de la salle voir le film qui marque les débuts d’acteur de Martin Sheen. Que ce soit chez Coppola, chez Malick ou même (et surtout ?) chez Sorkin, l’acteur fait preuve d’un certain don quand il s’agit de marquer le spectateur. Pourtant, au fur et à mesure que l’intrigue de L’Incident se dévoile et que les phares du métro new-yorkais illuminent l’écran, on oublie un peu que l’on est venu à l’origine pour voir les premiers pas de Martin Sheen au cinéma et on reste béat devant ce qui est à l’évidence un grand film.

Car L’Incident est un huis-clos qui fait preuve d’une incroyable maîtrise. Par des sortes de petits sketchs on nous présente les tranches de vie qui se retrouveront coincés dans un métro la nuit, en la mauvaise compagnie des scums que sont Tony Musante et Martin Sheen, tous deux diaboliques (et ivres).
Techniquement, deux choses font de ce film un grand film. Il s’agit d’abord et surtout de l’extraordinaire utilisation de l’espace à l’intérieur du wagon. La caméra de Larry Peerce est toujours placée — et/ou virevolte toujours — là où il faut pour appuyer les événements du wagon. Les passages de caméra subjective sont tous très puissants. Ensuite, le jeu des acteurs et des actrices est quasi parfait. La prestation de Martin Sheen est évidemment géniale mais elle s’éclipse face à celle de Tony Musante, de Brock Peters ou encore de Beau Bridges qui trouve là un des meilleurs rôles de sa carrière.

Mais l’efficacité de L’Incident tient surtout de son scénario et de la noirceur de celui-ci. Du jeune dandy de 20 ans avec sa conquête de la soirée, aux vieux couples qui ne s’entendent plus, en passant par un noir plus orienté Malcolm X que Martin Luther King (contrairement à sa femme) et deux amis militaires, il y a une grande diversité de personnages. Le film joue sur ces différences pour présenter les différentes manières de réagir aux provocations et à l’attitude des scums. Le résultat est absolument terrifiant, à partir du moment où l’on est coincé dans le wagon du métro, il n’y aura pas un instant de répit jusqu’au dénouement.

Si l’on doit reprocher quelque chose à ce film, ce serait peut-être le fait qu’il soit un peu coincé dans son concept. La présentation des personnages avant qu’ils rentrent dans le wagon est nécessaire mais il n’empêche que l’on attend un peu longtemps avant que cela commence réellement. Une fois dans le wagon, on sait très bien que tous les personnages vont être confrontés tour à tour à la provocation et à la violence des scums, ce qui est un peu gênant quant à la linéarité évidente du film. Autre regret, mais cela ne concerne pas le film en lui-même, c’est que malgré une copie vraiment bien restaurée les sous-titres sont souvent évasifs et il faut passer outre pour comprendre les différentes nuances des dialogues.
La dimension pessimiste de satire sociale est elle extrêmement réussie. Le monde que filme Larry Peerce est ancré dans la société de consommation américaine de l’époque, où les discriminations font rage et le règne de l’argent s’impose. Il existe encore des héros mais il s’agit d’exceptions.

Avec L’Incident on a le sentiment que l’expression de « film coup de poing » a été inventée sur mesure. C’est exactement ce que l’on ressent durant cette nuit new-yorkaise, un coup de poing dans le ventre et la sensation d’assister à un film vraiment à part qui ne s’oublie pas de sitôt.

Critique publiée dans le cadre du Champs-Elysées Film Festival pour le site Zéro de conduite d'où le côté formel chiant et le fait que je ne raconte pas ma vie dedans.

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