Quand la tentation s’insinue...

Avis sur L'Inconnu du Nord-Express

Avatar Step de Boisse
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Champion de tennis en fin de carrière, Guy Haines est fiancé à la fille d’un sénateur, union qui lui ouvre une carrière politique. Or, sa femme le trompe ouvertement et refuse le divorce. Mieux, jalouse, elle cherche le scandale. Face à une telle injustice, sa colère monte... Que ne ferait-il pas pour... Et vous, que feriez-vous ? Dans un train, il rencontre Bruno Anthony, un riche héritier désœuvré qui, le reconnaissant, n’ignore rien de sa situation. Lui-même aspire à se débarrasser de son père : ne pourraient-ils pas s’entraider, en échangeant leurs meurtres ? Deux crimes parfaits, car sans mobiles apparents. Perturbé, car tenté, Guy écarte l’idée... d’un geste peu explicite. Bruno tue la femme et exige de son compère l’exécution de sa part du contrat.

Alfred Hitchcock a confié à Raymond Chandle l’adaptation du roman – le premier de Patricia Highsmith – qui en atténue la noirceur. Le Guy originel tuait le père.

Tout passe. Avouons que le chef d’œuvre a vieilli. Ce qui jadis contribua à son succès, cette recherche quasi scientifique du suspense – le dogue et son escalier, la partie de tennis, le manège – se déploie au détriment du réalisme. Comment croire à la coïncidence du départ ? À la fascination morbide et freudienne pour les lunettes ? À ces gros plans lourdement signifiants, cette accentuation du détail, au risque du maniérisme, sur les chaussures et les voies ferrées pour appuyer sur le côté accidentel mais implacable de la rencontre, sur le match qui n’en finit pas, sur le briquet qui manque de s’échapper ?

Plus grave, L’inconnu du Nord-express souffre de premiers rôles décevants. Farley Granger est trop droit, trop lisse, trop mélancolique pour incarner un tueur potentiel, voire même un sportif de haut niveau. Il sera plus convaincant dans La Corde. Dans un second rôle, la jeune et potelée Patricia Hitchcock, la fille du réalisateur, écrase la longiligne et transparente Ruth Roman, une performance qui lui offrira une carrière à la télévision britannique.

Le charme du film repose sur le ténébreux couple mère fils. En quelques scènes, Marion Lorne impose une éblouissante et fantasque mère possessive, tandis que Robert Walker incarne un fascinant tentateur, tour à tour cynique ou amical, cruel ou charmeur, doucereux ou diabolique. Alcoolique, il mourra quelques mois plus tard d’une overdose médicamenteuse à 32 ans.

Pour autant, quelques scènes s’imposent. Le parcours des paires de chaussures. La fine silhouette noire se découpant, telle la statue du Commandeur, sur la façade blanche et déserte du Memorial Franklin Roosevelt. Bruno encore, unique spectateur à ne pas s’intéresser à la balle de tennis. Ou, les jeux orson-welliens sur les ombres et la lumière dans la chambre, l’escalier ou le Tunnel de l’amour… Ce n’est pas rien.

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