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L'Inconnu du lac

Avatar pierreAfeu
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On mesure la richesse d'un film à sa manière de vivre en nous et d'y créer des résonances. D'apparence limpide, évident et simple comme la nature qui l'abrite, L'inconnu du lac se révèle beaucoup plus complexe qu'il le laisse paraître. Le dernier Guiraudie est une œuvre dense et généreuse, un récit aux lectures multiples, un grand film de cinéma.

Il n'a pourtant l'air de rien, ce film. Pouvant se résumer à des histoires de mecs sur un lieu de drague [un lac immense et les bois qui l'entourent], il avance tout doucement, la finesse de son maillage restant invisible à l'œil nu... nus les corps indolents allongés sur les galets, douces les voix qui échangent peu, accueillante l'eau miroitant sous le ciel, vivifiante la brise balayant les feuillages... pas de danger apparent.

L'inconnu du lac est d'abord une véritable mise en perspective de ce qu'est un lieu de drague homosexuel, cet espace coupé du monde dans lequel les hommes se regardent, se cherchent, se touchent, se trouvent ou ne se trouvent pas, consomment le sexe sans contrainte apparente. Les relations sont codifiées, les us et coutumes connus de tous. L'homme est en premier lieu un corps, puis un visage, une voix, un prénom peut-être. C'est une sorte de paradis sur terre, un paradis éphémère, très fragile, qui ne repose que sur l'entente tacite de ses occupants.

Le film illustre alors différentes représentations de la relation sexuelle, du désir de l'associer aux sentiments ou de s'en extraire totalement. Guiraudie nous dresse le portrait de Franck, sexuel et sentimental, Michel le consommateur "ultra-libéral", Henri l'amoureux platonique, ou Éric, le frustré chronique. Parler de sexe, c'est aussi parler d'étreintes et d'échanges, c'est aussi parler d'amour. C'est parfois drôle, jamais caricatural, jamais condescendant, toujours juste.

En parallèle de cette chronique quasi documentaire, L'inconnu du lac tisse la toile d'un récit plus sombre. Nous sommes dans un huis-clos à ciel ouvert, dans lequel les rivalités s'installent à mots couverts. Tandis que l'image nous dévoile une volonté d'emprunter d'autres voies, le récit se tord, l'ironie tourne au burlesque, les mots prennent d'autres sens. On flirte avec le Giallo, la réalité s'estompe, la nuit devient sombre. La mort est là. Qui est Michel ? Que veut Franck ? Pourquoi se met-il en danger ?

Alain Guiraudie déclare avoir construit son film en écho aux précédents, plaçant alors l'ironie en marge et le sexe à l'image. Plus direct donc, plus sensible et moins barré que Le roi de l'évasion, à la fois plus réaliste et plus métaphorique, L'inconnu du lac impressionne par la maîtrise de sa structure. L'image est superbe, au diapason du récit, la caméra étreignant littéralement la nature et les corps qu'elle filme. Rien n'est déplacé, pas même les sexes brandis ou avalés, tout participe à cette entreprise insolite : mélanger les genres pour embrasser la vie toute entière.

Les comédiens se mettent à nu sans ostentation, et font preuve d'une même simplicité de jeu. Pierre Deladonchamps, Christophe Paou, Patrick D'Assumçao et tous les autres, sont d'une salutaire justesse.

L'inconnu du lac est une belle œuvre.

Film vu en présence du merveilleux Alain Guiraudie, dans le cadre la 10e Cinépride de Nantes. >>>

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