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Quand une infirmière, bien sous tous rapports, se retrouve sous le feu médiatique, accusée d’avoir commis le pire, cela donne un long-métrage japonais délicieusement machiavélique.
C’est une infirmière idéale. Elle prend soin de ses patients grabataires avec une passion et une délicatesse infinies. Elle consacre beaucoup de temps de sa vie auprès des personnes malades, quand elle ne donne pas de son énergie pour aider deux petites filles d’une de ses patientes à passer leurs examens. C’est alors que le diable s’immisce dans les pas de cette nurse généreuse. L’infirmière n’a rien d’un film tapageur, aux accents horrifiques, tel qu’on pourrait le supposer. Le récit se trame lentement, inexorablement, et on pressent alors la folie et le chaos qui vont transformer l’existence de cette femme dévouée. En fait, plus qu’un thriller, le film décline avec subtilité et ravissement à la fois l’enfer du doute et de la culpabilisation, quand les médias ont décidé d’accabler une personne et de la désigner comme la meilleure des coupables.

Avec Harmonium, le jeune cinéaste Kôjo Fukada installait le trouble dans une famille ordinaire du Japon. Il récidive avec cette œuvre profonde qui compose un cauchemar à partir d’un quotidien des plus banals. La mise en scène ne force jamais la démonstration ou les effets émotionnels. La tension prend racine dans le récit, malgré elle, dans un continuum qui allie avec brio l’hésitation, la colère et la compassion pour cette femme, dont on ne sait pas vraiment ce qu’elle cache. Le cinéaste écorche en même temps une société gouvernée par les médias, où il est de bon ton de désigner un coupable et de le mettre en pâture devant tous les écrans. La police, curieusement, est très absente de cette histoire, comme si l’enquête n’appartenait pas à la vérité de la justice, mais à celle que les télévisions ou les journaux ont décidé de construire.
Evidemment, L’infirmière ne serait rien sans l’interprétation tout en nuances des deux comédiennes, Mariko Tsutsui et Mikako Ishikawa. La première rentre dans le costume de cette infirmière avec une justesse incroyable. Elle parvient à cultiver le doute de sa culpabilité éventuelle jusqu’à la dernière scène qui n’apporte pas les réponses que le spectateur aurait voulu trouver. La seconde joue la sœur de la victime qui se fait enlever ; c’est un personnage complexe, sombre, manipulateur, tout autant qu’elle est amoureuse et en conflit avec ses sentiments intérieurs. Le scénario ne force jamais le trait. Il laisse le spectateur imaginer le pire ou le meilleur chez ces deux personnages qui semblent écartelés, dans un tourbillon de confusions.
Peut-être que l’ambition du réalisateur est de dénoncer une société contemporaine qui se construit ses propres mythes, à partir de la toute-puissance des médias. Le cinéaste montre avec effroi combien nos communautés modernes investissent des figures victimaires, voulant a contrario bâtir des monstres de toutes pièces, dans le seul but de satisfaire nos instincts grégaires. On est loin du Japon poétique que le cinéma donne souvent à voir avec ses arbres fleuris, ses allées douces, et ses mets qui attisent les papilles gustatives. Il s’agit d’un Japon brutal et impitoyable, où la justice se joue dans les interstices sombres des relations humaines. Personne ne crie, sauf peut-être notre héroïne qui se transforme en une chienne enragée, et pourtant la violence se tisse au fur et mesure des rapports sociaux, empreints d’hypocrisie et de jugements. Voilà donc un grand film pour cet été qui fera trembler ceux que les médias épouvantent.

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