L'inspecteur Harry dans tous ses états

Avis sur L'Inspecteur Harry

Avatar Wykydtron IV
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Ce mois-ci, je me suis enfin décidé à m'acheter ce coffret regroupant l'intégrale de la saga de l'inspecteur Harry. J'avais pour intention de rendre hommage à chaque film par le biais d'une critique, donc si tout se passe bien, c'est ce que je ferai dans les jours à venir.
Au passage, le coffret est joli, mais ils auraient fait correspondre le visuel sur le CD avec le fond sur le coffret, et ils auraient mis le nom du film sur chaque disque, ça aurait été mieux. Et apparemment, il existe une édition avec et une sans livret. J'ai eu celle sans, évidemment...

J’ai découvert L’inspecteur Harry quand j’étais ado. Je n’en attendais pas tant, et je m’étais forcé à le voir, me disant qu’il serait bien de voir un classique, pour changer.
D’ici la fin du film, j’avais hâte de voir le reste de la série. Oui, à la grande surprise de l’ado peu enclin à voir des films trop anciens que j’étais, j’avais adoré ce héros des 70’s qu’est Harry Callahan.
Aujourd’hui, dans un sondage de SensCritique sur les films aux héros les plus badass, L’inspecteur Harry arrive en seconde place. Devant Rambo, Piège de cristal, Terminator 2, Machete, ...
Comment ça se fait que même avec l’arrivée sur nos écrans de Schwarzie et Stallone, ces tas de muscles, Harry soit toujours au sommet ?
Ce qui lui donne l’avantage à mes yeux, et m’a conquis quand j’ai vu le film la première fois, c’est cette puissance transgressive. L’inspecteur Harry date des 70’s, et pourtant on y ose des trucs qu’on ne verrait probablement plus dans des films aujourd’hui.
Après tout, en VO, le titre est "Dirty Harry", Harry le sale, le pourri…
Clint Eastwood a beau avoir des habits démodés, portant tout le temps cette veste grise qu’on imaginerait davantage sur un prof de maths neurasthénique, il a un charisme dingue, et d’un regard il sait faire comprendre qu’il ne faut pas le faire chier.
Harry Callahan est un flic efficace, mais insubordonné, même face au maire de San Francisco. Il semble ne pas du tout supporter que ce dernier accepte de payer une rançon, ça le dérange au point qu'il doit forcément avoir une forte haine des criminels ; je regrette qu’aucune des suites n’ait cherché à explorer le passé d’Harry, car je ne m’explique pas cette inflexibilité autrement que par un évènement important.
Harry est armé de son fidèle colt 44 magnum, "le soufflant le plus puissant de la création", mais fait presque autant de dégâts avec ses répliques cinglantes, qu’il balance avec hargne et condescendance.
Certaines scènes sont d’une intensité surprenante, mais à côté de ça, Harry peut tout aussi bien faire preuve de nonchalance et de je-m’en-foutisme, ce qui donne des scènes décalées, irréalistes mais funs.
J’ai été surpris, même lors de ce revisionnage, de découvrir un Harry Callahan capable de rire et s’amuser… mais toujours dans des situations qui ont quelque chose de malsain. Les quelques scènes comiques du film sont ainsi très drôle, mais laissent toujours une sensation un peu étrange.
Dans un des bonus du DVD, Schwarzenegger admet en interview que c’est cette personnalité du héros qui l’a inspiré par la suite. C’est Clint Eastwood/L’inspecteur Harry qui a posé les règles, avant tout le monde. On trouve d’ailleurs dans le film une apparition précoce de ce qui deviendra un poncif du genre : le coéquipier qui finit toujours sur la touche, d’une façon ou d’une autre, tandis que le héros s’en sort indemne.

L’une des affiches américaines a pour slogan "Dirty Harry and the homicidal maniac. Harry’s the one with the badge". J’adore, ça résume assez bien la situation.
Callahan n’hésite pas à dégainer pour descendre sans sommation des hors-la-loi, mais là où le film est rusé c’est qu’il justifie aux yeux des spectateurs les méthodes extrêmes du héros en le confrontant à un méchant complètement malade, Scorpio, un salaud irrécupérable, faisant en sorte qu’on se dise qu’il "mérite" son sort.
L’acteur, Andrew Robinson, est bien choisi, on a envie de le détester. C’est un blond avec un air de gamin, mais qui a en même temps une sale tête, c’est difficilement descriptible. En milieu de film, son visage tuméfié suite à un passage à tabac le fait presque ressembler à Elephant man, et à chaque fois qu’il crie, il beugle comme un animal. Tout est fait pour qu'il nous fasse ressentir de la répulsion.
A l’inverse, le scénario a tendance à arranger les choses pour qu’Harry ait bonne figure, qu’il ait toujours le dernier mot. Quand le maire lui reproche un incident passé où Callahan a, là aussi, abattu un homme, le héros rétorque en évoquant le couteau de boucher que l’homme tenait tout en poursuivant une femme. C’est un peu facile… mais je ne nie pas mon plaisir face aux répliques d’Harry, toujours plein d’aplomb.
Certains désignent L’inspecteur Harry comme étant fasciste.
Non, un film avec une idéologie fasciste, c’est Cobra (très inspiré du film d’Eastwood, justement), où les personnages insistent par le dialogue pour dire que le système judiciaire est raté, avec une réflexion très réductrice amenant à dire qu’il faut éliminer les criminels ou les laisser en prison.
Je vois plus L’inspecteur Harry comme un divertissement jouant sur la satisfaction primale que l’on ressent face à de la violence gratuite, mais appliquée "pour le bien"… avec un supplément de répliques badass.
Le film nous transporte dans un monde où l’on peut se permettre sans remords d’abattre ou de torturer des méchants radicalement et indubitablement mauvais… et évidemment le spectateur sait que les choses ne sont pas aussi simples en vrai, et le film, heureusement, ne cherche pas à nous convaincre du contraire.

En dehors, bien sûr, de son personnage principal, autre chose que j’aime dans ce film, c’est son ambiance. Les 70’s, San Francisco. La ville a un rôle crucial, et ce n’est pas pour rien si dès le générique du début, on voit Harry la surplomber, s’arrêtant un moment pour observer l’étendue urbaine alors qu’il enquête sur le toit d’un immeuble.
On voit à ce moment-là l’énorme terrain de jeu du chat et de la souris qui va suivre, cette ville où Scorpio le fera cavaler.
De jour, on a ces hélicos qui survolent les bâtiments à la recherche du tueur, des scènes lumineuses et aériennes.
De nuit, les ruelles sombres, les quartiers interlopes, les rangées de clubs de strip-tease aux néons aveuglants. Et c’est cette ambiance capturée par le film que j’affectionne, c’est cette saleté dans laquelle traîne le héros. A un moment donné, cherchant un suspect, il observe à une fenêtre et tombe sur un couple qui commence à devenir intime, mais la scène n’est même pas sexy, la fille est presque obèse, et ça, je trouve ça osé.
Et c’est ça que j’aime avec L’inspecteur Harry, c’est ça qui m’a bluffé quand je l’ai vu la première fois, c’est un film audacieux, avec un héros qui brise les conventions du cinéma et les règles imposées par son métier.
L’image est marquée par le temps, les décors et les habits sont ancrés dans leur époque, mais malgré tout, je trouve que L’inspecteur Harry n’a pas vieilli, même 43 ans plus tard.
(Quoi, 43 ans déjà ?!)

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