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L'Intruse par Alligator

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Critique publiée par le

juil 2010:

Le dernier Murnau que j'ai vu a été une belle claque en même temps qu'un merveilleux baiser d'amour. Autant dire que j'attendais beaucoup trop de ce City girl tout en sachant, je sais être réaliste parfois- que je ne retrouverai certainement pas la même fusion. Aussi ma déception n'a-t-elle pas été vraiment douloureuse.

Elle est toute relative pour tout dire. En fait, je crois bien que je n'ai pas aimé le sujet, la trame principale un peu trop simpliste, de ces approximations de vues que le XIXe siècle s'obstinait à polir comme des totems ou idées trophées. Concernant la ruralité, outre son exode rural récurrent (la campagne manque toujours de bras), elle doit absolument être le lieu antinomique de la ville, fable du rat des villes versus le rat des champs. Ce genre de postulat peut m'intéresser sociologiquement et historiquement, comme sujet d'études et de réflexions mais pas dans une fiction.
Ici s'ajoutent les conditions morales de l'Amérique puritaine et biblique : la ville des putes, Babylone, s'oppose à la rudesse virginale de la nature plus ou moins domptée par les hommes vertueux.

Heureusement, Murnau a un don pour insuffler à cette histoire une très belle émotion, grâce à une mise en scène phénoménale et une mise en image encore une fois très audacieuse et assurée.

Le jeu de regards des deux acteurs principaux quand ils se rencontrent et jaugent est d'une subtilité, d'une finesse incroyable et néanmoins complètement naturel, moderne, simple.

Sur le plan visuel, la scène où les deux mariés follement heureux débarquent dans la propriété et se noient dans leur bonheur en courant dans les champs qui deviennent océan de blé grâce aux mouvements de la caméra élargissant le cadre. Très joli moment de cinéma, point d'orgue du film, de ceux que le cinéma muet peut engendrer quand le réalisateur a su apprivoiser les inconvénients du silence pour lui donner une force de persuasion plus puissante que celle des mots.

C'est une narration bien difficile à maitriser. La tentation est grande d'en faire un peu plus, d'être un poil plus explicite dans le regard, le froncement de sourcil ou la crispation des mains. Dans l'Aurore, la retenue et l'intensité des sentiments exposés étaient parfaits. Dans ce "City girl" peut-être, oui en effet, certaines secondes sont de trop. Là encore, il est fort possible que ma lassitude devant les clichés du récit m'a quelque peu rendu pointilleux, excessivement.

Toutefois, je tiens à souligner le travail remarquable de Mary Duncan qui souvent m'a fait penser à la somptueuse Claudette Colbert (ah si! il y a quelque chose!). Peut-être voulait-elle lui ressembler? Dommage, cette actrice a du talent et n'a pas besoin de ça pour exister. Charles Farrell en grand benêt hérite d'un caractère fadasse à qui l'on mettrait sans retenue quelques mandales mais sa complicité avec Duncan est inattaquable. J'ai bien aimé également de découvrir la présence de Guinn 'Big Boy' Williams que je ne connaissais que des westerns fordiens, bien entendu, une trogne pareille ne s'oublie pas facilement, surtout depuis la présidence de George W. Bush.

Voilà, ce "City girl" n'est pas le meilleur de Murnau, loin s'en faut, mais n'est pas dénué de quelques atouts, deux ou trois bonnes scènes, un équilibre d'ensemble (pas loin d'être un mélodrame sirupeux, Murnau parvient à garder une certaine mesure), deux bons acteurs et de jolis plans.

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