Philip Kaufman maître de la psychose

Avis sur L'Invasion des profanateurs

Avatar Satané
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Précision avant de commencer : je n'ai pas vu le "Body Snatchers" original, ni même lu le roman d'où sont adaptés ces deux films. Toutefois je pense qu'aucun mal n'a été fait dans cette version, puisque Kaufman accomplit un coup de maître dans le genre horrifique, & encore plus dans la manipulation de l'angoisse & de l'épouvante.

Dès le générique, le film informe sur une invasion provenant de l'espace, voici donc l'intrigue déjà en partie située : pour la suite, on suit quatre personnages des plus communs, l'un inspecteur des Services de l'Hygiène, l'autre analyste de cette même organisation, l'un écrivain raté, l'autre hôtesse d'un centre de bains de boue. Ces gus vont se retrouver confrontés, bon gré mal gré, à des évènements étranges qu'ils vont devoir tenter de résoudre dans un premier temps, puis qu'ils vont fuir pour essayer de survivre. Ainsi la trame toute entière est résumée, & l'on dira que ce n'est pas là le point le plus approfondi du film, n'étant pas pour autant en reste.
Oui, car "L'Invasion des Profanateurs" kaufmanienne, c'est avant tout une photographie impeccable, qui ne souffre d'aucune baisse de régime. Tout est très fluide, tout est très propre, & le rendu visuel émerveille. Entre angles de caméra montrant la puissance de la ville & de sa population, ombres fuyantes & géantes sur les murs, caméra tremblante lors des moments angoissants, vue sur les pieds des assaillants (rappelant les zombies, il faut le signaler), ou même le final traumatisant, Kaufman prouve qu'il sait où il veut aller. C'est ainsi qu'il instaure un climat oppressant, dérangeant, voire même parfois poussif : qu'importe la scène, ce climat est toujours présent, même lors des scènes calmes ; néanmoins, on peut entrevoir ce dernier aspect comme réussi, car contrairement aux courses-poursuites habituelles, les personnages font preuve d'un self-control à toute épreuve (contrôle de leur respiration, silence absolu, par exemple), ce qui maintient le spectateur dans un état de satisfaction continu ; pas de frustration quant aux facéties des personnages, car ceux-ci s'avèrent plus intelligents qu'ils ne le paraissent.
Si l'on en vient aux acteurs qui les interprètent, il faut reconnaître que le casting, en plus d'être éblouissant, semble correspondre totalement aux attentes : Sutherland moustachu & amoureux, Adams désemparée & qui sait faire trembloter ses yeux (moment déstabilisant), Goldblum jeunot & stressé, & même Don Siegel (réalisateur de l'opus original) en conducteur de taxi. Cependant, & là ce n'est qu'une question de subjectivité, on retrouve Leonard Nimoy : cet acteur a le don pour m'agacer, ça frôle la frustration. A vrai dire le simple fait qu'on lui ait donné un rôle dans ce film m'a forcé à enlever un point : ses dents sont insupportables, ses yeux de fouine sont exécrables, il est piètre acteur, & chacune de ses interventions est médiocre (dernièrement il est apparu dans la série "Fringe", avec un rôle complètement décalé par rapport à la série, comme s'il n'y avait tout simplement pas sa place).
Mis à part cela, la bande-son est excellente, alternant entre silences profonds, sons stridents & cris perçants des créatures. L'ambiance passe de la psychose quant à un complot, à la découverte macabre de la procédure de remplacement (les corps naissants aux pieds de Sutherland.. effrayant..), pour enfin terminer sur une semi-course-poursuite. Cette dernière est désespérée, & c'est un thème qui prédomine dans ce film : le désarroi, la découverte d'une organisation rapide & puissante, & l'impuissance par rapport à cela. La deuxième moitié du film montre cette impuissance, les personnages tentant tant bien que mal de trouver une solution pour contrer l'inévitable. Quant au final, il est majestueux, plein d'effroi & de désespoir lui aussi.

"L'invasion des Profanateurs" est donc un film très juste, très beau & bien mené. Même s'il souffre de quelques défauts communs aux autres films de l'époque (entre autres sa ringardise d'esprit sur certaines situations), il parvient à s'imposer comme un grand film d'épouvante, qui sait maintenir le spectateur "en éveil" pendant deux heures.
En ce sens, il évolue dans une catégorie similaire à celle des films de zombies, à cela près que pendant la moitié de l'intrigue, les protagonistes ont encore des relations avec les infectés sans se rendre objectivement compte de la différence.

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