Invasion of the Body Snatchers (Philip Kaufman, U.S.A, 1978)

Avis sur L'Invasion des profanateurs

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Nous sommes en 1978, l'Amérique sort tout juste de l'affaire du Watergate, et de la démission de Richard Nixon. Au lendemain de la Guerre du Vietnam, le pays vit toujours dans le traumatisme de l'assassinat de John F. Kennedy, à Dallas en 1963. Qui fît naître un nouveau mal dans la nation de l'Oncle Sam : la paranoïa.

Cette nouvelle adaptation du roman "The Body Snatchers" de Jack Finney (1955), prend ainsi place dans une Amérique totalement différente à celle de 1956 (date de la première adaptation). Elle arrive à la fin d'une mode de production, dite de Films de Paranoïa, qui débutent en 1962 (soit un an avant la mort de Kennedy…), puis connaît une évolution constante jusqu'au milieu des seventies, avant de s'essouffler. Pour retrouver toutes sa force en 1994 avec la diffusion de la série X-Files.

Dans ce film de Philip Kaufman (cinéaste oublié, mais qui fût majeur dans les années 1970), ce n'est plus une parabole de l'invasion communiste qui est proposée, mais celle de la manipulation gouvernementale. Avec les mensonges d'états, et l'idée générale d'un complot. Le récit n'est plus situé dans une petite ville générique, mais dans une métropole, avec ses énormes buildings et ses lumières aveuglantes, formant un labyrinthe de béton et de néon, noyant dans la masse de l'anonymat chaque individu.

Si l'arc narratif est exactement le même, avec des péripéties qui suivent la trame du roman, et du film de Don Siegel, les lieux et les personnages sont modifiés, afin de servir un propos différent. Cette fois ce qui est pointé du doigt est l'obscurantisme capitaliste.

Sur un ton critique (qui marque son cinéma des années 1970), Philip Kaufman interroge sur la réelle liberté individuelle promise par la Constitution, défendue par les progressistes, comme les conservateurs, mais remise en question lorsque rentre en jeu l'idéologie.

L'individu, protégé par l'habeas corpus, est ainsi peu à peu englobé dans une Machine bien plus insondable que nos simples sociétés, cultivant ses valeurs et ses traditions inaltérables. L'idée étant de lisser au maximum la population, afin de la rendre servile, et apte à répondre aux directives gouvernementales. Quelles qu'elles soient.

L'assassinat non élucidé de JFK, ayant fait naître moults théories fantasmées d'un complot, plus les mensonges de Lyndon Johnson, pour envahir le Vietnam, et les assassinats politiques de 1968 (Bobby Kennedy, Martin Luther King), ont éprouvés la confiance de la population envers ses dirigeants. Ce à quoi est venu ajouter la présidence Nixon.

Élu en 1969 sur la promesse (entre autres) de mettre fin à la guerre du Vietnam (qui ne se termine qu'en 1976, six!), Il mentira au peuple, et aux Nations Unis, bafouant la Convention de Genève, pour bombarder secrètement le Cambodge, un pays neutre. Puis il cumulera les mensonges avec l'affaire du Watergate, et les écoutes illégales du QG du parti Démocrate, avant les élections de 1972. Sous le coup d'une procédure d'Impeachment, Richard Nixon démissionne en 1974. Éreintant encore un peu plus la foi du peuple en son élite.

C'est de tout cela dont parle "Invasion of the Body-Snatchers" version 1978. Sorti dans l'Amérique apaisée de la fade présidence du très chrétien Jimmy Carter, c'est aussi à la mort des utopies d'une Amérique libre et ouverte qu'il fait référence. Avec la fin des années 70 la chimère du Flower Power disparaît complètement, pour laisser place à un individualisme exacerbé.

À la veille de l'ère Reagan, le film de Philip Kaufman délivre le constat d'un échec, qui par la faillite d'institutions indignes de confiance, fait peser une menace sur ce que le peuple américain a de plus sacré : sa liberté. Sombre, critique, et parfois horrifique, cette œuvre est terriblement américaine, qu'elle visent les dérives globales de nos sociétés occidentales. Recopiant bêtement le modèle américain, sans en avoir les bases.

Magnifiquement mis en scène (le film est vraiment beau), anxiogène (la caméra colle les personnages), terrifiant (les effets spéciaux sont vraiment dégueux), se payant le luxe de deux sublimes caméo (Kevin McCarthy, héro du film de 1956, et Don Siegel, son réalisateur), offrant l'une des fins des plus extraordinaires, et des plus glaçantes de l'histoire du cinéma, l'œuvre de Philip Kaufman s'avère indémodable.

Du haut de 2019, elle offre encore des pistes de réflexions. Surtout à l'heure où les "élites", qui se chamaillent sur Twitter, manipulent les populations comme bon leur semble, afin de servir l'un des plus grand mal de l'histoire de l'humanité : Le Capitalisme.

-Stork._

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