Mondes en collision

Avis sur L'Invasion des profanateurs

Avatar Tanguy Labrador Ruiz
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Nous sommes en 1978. Quelques années plus tôt, le scandale du Watergate secoue l'Amérique entière, la crise du pétrole effraie et les tensions géopolitiques sont nombreuses. Autant de facteurs qui laissent une place importante à l'insécurité dans l'imaginaire collectif. Lorsque arrivent des films comme The Exorcist et The Texas Chainsaw Massacre, ceux-ci fascinent de manière quasi-universelle et l'américain moyen y trouve un exutoire, lui permettant d'extérioriser ses peurs, au travers de ces fictions qui donnèrent naissance à l'âge d'or du cinéma d'horreur américain.

Mais, en 78 donc, Invasion of the Body Snatchers, remake du film éponyme de Don Siegel (qui réalise d'ailleurs un sympathique caméo), arrive dans les salles. Un film à la renommée bien moindre face aux deux géants horrifiques cités plus haut, mais au contenu pourtant tout aussi intéressant et pertinent.

Le sujet est rapidement posé: une forme de vie extra-terrestre et manifestement végétale arrive sur Terre, sous l'apparence innocente de jolies petites fleurs roses, qui ne tardent pas à être cueillies par des humains naïfs et peu soucieux de respecter l'écosystème qui les entoure. Bien que l'on se doute qu'une contamination va avoir/a lieue, on n'assiste pas (tout de suite) visuellement à celle-ci. Il s'agit de la première force de ce film: le mystère reste entier, malgré une introduction claire et rapide de la menace au centre de cette histoire.

On se retrouve donc à découvrir en quoi consiste concrètement cette menace en suivant les découvertes d'un Donald Sutherland (fringué comme un inspecteur Colombo, mais qui interprète un inspecteur en hygiène) et d'une Brooke Adams qui forment un duo assez charismatique et convaincant.

Le deuxième atout de cette œuvre est de faire appel à des peurs potentiellement ancrées en chacun de nous: la menace étant invisible et prenant la forme d'une épidémie, elle est extrapolable au quotidien de chacun. Ensuite, lorsque la paranoïa s'installe, que la caméra se fait virevoltante et que la confusion règne tant dans l'esprit des protagonistes que dans celui du spectateur, tout aussi impuissant, on songe immanquablement à They Live de Carpenter (un des rares films d'horreur digne de ce nom des années 80), surtout lorsque un protagoniste déclame: "They all part of it."

Dommage que le scénario perde du temps avec une histoire d'amour convenue et prévisible, en parallèle de l'action principale. Une liaison qui se justifie en partie pour répondre à la réplique de l'un des méchants: "L'heure n'est plus à la haine, ni à l'amour". L'amour étant ici, on l'imagine, supposé lutter contre les forces du mal, qui cherchent à aseptiser le monde et à oter les sentiments de chacun. Non, les envahisseurs ne parlent pas le novlangue.

A noter également, le fait pour les protagonistes de ne plus pouvoir dormir, sous peine de ne plus jamais se réveiller et de se faire intégrer au système de l’ennemi, après l'avoir nourri(et donc, de mourir). Une idée également présente dans Nightmare on Elm Street de Wes Craven. Les personnages, dans leur quête d'une aide salvatrice, sont donc de plus en plus fatigués, sont envahis par la confusion et prennent de la drogue pour tenir le coup, la frontière entre la réalité et la manipulation orchestrée par l'ennemi devenant alors de plus en plus poreuse, jusqu’au twist final, plus ou moins prévisible et délicieusement pessimiste.

Invasion of the Body Snatchers est donc une synthèse de la peur des complots gouvernementaux, de la fascination envers une potentielle invasion extra-terrestre, de la crainte d'une épidémie mortelle (les zombies ont la cote durant les seventies), de la crainte des autres et du manque de confiance dans une société qui appartient de moins en moins au citoyen, le tout, desservi par une mise en scène plutôt sobre mais précise, ne versant jamais dans l’exagération et avec, il faut le dire, des effets spéciaux (les corps en incubation) et une puissance visuelle remarquables.

Et puis, les usines à humain, j'aime bien ça.

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