Une bouffée d'air frais prodigieuse

Avis sur L'Oracle

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Prodigieux. C'est le premier mot qui me vient.
Oubliez tout ce suite ce que vous pensez savoir du film: un jeune médecin qui a le pouvoir de prédire la mort d'une personne se retrouve aux confins du monde et va probablement sauver quelqu'un d'important... Vous êtes pire qu'à côté de la plaque. Cela sera sans soute, et je ne cesserai de le dire, à cause de la politique commerciale des productions... Non mais observez cette affiche! Quelle nullité pour un aussi bon travail réalisé en amont...

Le film ne tourne absolument pas autours de la magie, mais bien, et c'est le fil rouge de l'histoire, autour de la science.

Jeune, anglais, apprenti barbier (pseudo-médecin si on veut), Rob veut accroître ses compétences de guérison apprises sur le tas par l'intermédiaire d'un personnage haut en couleur joué à merveille par Stellan Skarsgård. Il prend alors connaissance de l'existence d'un certain Avicenne, vivant à Ispahan, ville située au cœur de l'Iran actuel. Rôle également joué à la perfection par Ben Kingsley. Cet homme est réputé pour tout guérir. Il s'agit en effet du célèbre médecin (scientifique et philosophe) perse qui a joué un rôle fondamental dans la propagation de la pensée grecque antique. Rob finit évidemment par se frayer un chemin vers cet érudit, que l'on entendra régulièrement dispenser des cours relatifs à la vision aristotélicienne du monde et de l'homme. C'est cet apprentissage qui est mis en exergue dans cette œuvre cinématographique.

C'est donc également une vision réelle du monde moyenâgeux qui est dépeinte. Les connaissances accumulées des penseurs de l'Antiquité se sont perdues dans une Europe où la théologie sert de clé de voûte à toute réflexion. Le monde islamique, en revanche, s'est imbibé de ces textes, permettant ainsi, quelques centaines d'années plus tard, leur redécouverte à l'échelle du monde connu. Rappelons que l'un des premiers catalyseurs de cette réappropriation intellectuelle (parlons mieux d'échanges) est l’établissement d'occidentaux en Terre Sainte lors de la première croisade, un demi-siècle après les événements du film.
La propagation de ces idées au Moyen-Orient est le fruit de la tolérance en matière de recherche scientifique des différents pouvoirs en place, tantôt altruistes, tantôt radicalement religieux... L'épopée prend place durant cette période troublée où la dynastie des Bouyides règnent sur un large territoire, dont Ispahan forme le centre politique. Les dirigeants successifs de cette dynastie font preuve d'ouverture permettant ainsi l'épanouissement de différentes sciences, dans une ville d'intégration culturelle. Au crépuscule de cette dynastie, la menace seldjoukide se fait de plus en plus pesante (ou persante devrais-je dire?). Ces dissensions internes se muent en révolte, le savoir est, entre autres, considéré comme impur... De quoi nous rappeler que l'histoire n'est jamais qu'un éternel recommencement...

Les paysages, la reconstruction des villes (Londres, Ispahan), la sensation de voyage, le jeu d'acteur, la bande son, la photographie... Non, tout y est. Une histoire d'amour vous dites? Tellement bien amenée, discrète et belle. Ce film ne tourne pas autour de topos cinématographiques vus et revus. C'est une franche réussite qui à la mérite de placer au centre de son histoire les fondements de la médecine médiévale, sur un fond épique et historique tout à fait emballant. Soyons toutefois honnête, le réalisateur (ou l'auteur du livre sans doute), s'est permis quelques libertés, mais il ne sert à rien de les relever : le scénario est trop bien ficelé que pour en vouloir à qui que ce soit.

Bon film!
Utharlok

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