KASSOûlé

Avis sur L'Ordre et la morale

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La prise d’otage sanglante de gendarmes par des kanaks, à Ouvéa, Nouvelle-Calédonie, en avril 1988, et l’assaut qui a suivi, faisant 19 morts parmi les kidnappeurs, c’est un sujet en or pour Mathieu Kassovitz, notamment du fait que, quelques jours seulement après la fin des événements, la version officielle se trouve remise en question par des journalistes (notamment du Monde et de Libération).

Sujet béton pour lui donc, car Kassovitz adore rentrer dans le lard des versions officielles. Faut reconnaître qu’il fait ça bien, sans claquer des dents, sans trembler des genoux, la tête haute et pétri d’assurance.
Il fut le fer de lance, sur les chaînes françaises et sur le web, des suspicieux du 11 septembre, pointant du doigt les multiples zones d’ombre qui entourent les faits.
Kasso l’enfant terrible, la grande gueule, qui insulte Vin Diesel de « p'tit pédé » sur twitter, qui clame son mépris pour les politiques, qui envoie paître Rachida Dati ou qui rembarre Yann Moix chez Ruquier (en même temps, qui n’a pas envie d’envoyer bouler Yann Moix …).
Celui surtout qui « encule le cinéma français », qui a boudé ce film, et qui, l’année suivante, aux Césars, se pointe « pour honorer sa promesse ». Je l’aime entre autre pour ça, Kasso.

L’ordre et la morale, c’est 10 ans d’investissement personnel. Un gouffre financier. Des dizaines de témoignages recueillis sur place. 25 scripts différents. Un tournage compliqué.
Et 150.000 entrées à tout casser.
Je ne comprends pas.
L’ordre et la morale n’est peut-être pas un film parfait, certes. Certains acteurs, amateurs, sont loin d’être au top. Soit. La bande son n’est pas terrible. Si vous le dites.
Il m’apparaît pourtant, à moi, être un bon film, maîtrisé, haletant, dynamique et offrant un suspens savamment travaillé, notamment lors d’une scène d’assaut particulièrement éprouvante.

Un film emblématique d’un cinéma que les critiques embourgeoisés et snobinards dénoncent comme étant américanisé, ignorant a priori que l’un des modèles de Kassovitz s’appelle Steven Spielberg.
L’ordre et la morale est effectivement, à certains moment, un grand spectacle, qui pourra rappeler, sur certaines prises de vue, Apocalypse Now ou La ligne rouge (on fait pire comme modèle).
Mais ça reste somme toute de la forme et ça n’est pas le plus important.

Car c’est bien le fond du film, son sujet riche, qui en est à la fois l’atout, et l’objet de controverses, polémiques et critiques les plus acerbes.
On lui reproche, entre autre, de ne jamais parler du contexte historique qui précède ce dramatique événement, d’adopter un certain point de vue (celui du Capitaine Legorjus, du GIGN), subjectif donc, d’être honteusement manichéen, avec les méchants soldats, les beaucoup moins méchants gendarmes et les gentils kanaks, et donc, par là même, de tromper le spectateur.

Kassovitz, prenant le parti, pour des raisons de temps, de n’aborder que les 10 jours de la prise d’otages, au delà de l’action, s’attarde pourtant, de façon la plus neutre possible, à démontrer les interactions entre les différents corps d’armée présents sur les lieux, nuance les agissements des militaires, par le biais du Général Vidal, qui souligne son statut d'officier obéissant, et, surtout, ce qui a été l’élément déclencheur de son intérêt pour cette histoire, explique les décisions politiques bancales et malvenues, prises dans l’urgence alors que le pays est en pleine élection présidentielle.

L’ordre et la morale aborde tous ces thèmes de brillante manière et constitue une porte ouverte sur une histoire complexe que nous sommes en mesure d’approfondir par nous-mêmes. Pour avoir parcouru plusieurs documents après visionnage du film, il semble exister presque autant de versions de cet évènement qu’il y a eu de protagonistes impliqués.
Dès lors, comment accuser un cinéaste, qui n’a pas vocation d’être historien, de choisir un angle de vue pour sa narration, de falsifier la réalité et de refourguer au spectateur de la marchandise contrefaite ?
Les critiques ne nous prendraient-ils juste pas pour des cons, des benêts qu’on doit tenir par la main et à qui il faut tout expliquer ?
Je ne sais pas vous, mais je déteste qu’on me prenne pour la reine des crétines. Ça me soûle.
Et Kasso aussi, ça le soûle.

Conséquence de tout ce merdier : il a abandonné la réalisation.
Dany Boon, quant à lui, continue.
Pas certaine que le cinéma français en sorte gagnant.

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