La Goulue

Avis sur L'Outsider

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Fosca il aime pas tellement mentir. Travestir la vérité d'un manteau à la Ric Flair c'est pas son truc tu vois. C'est pour ça que les biopics ça l'emmerde sévère. On te pimp la vie d'un tel pour en faire un monstre d'hypocrisie hollywoodienne. Je t'apprends rien en te disant que la vie c'est pas quelque chose d'extraordinaire. On a pas tous escaladé le Kilimandjaro avec une main dans le dos ou tapé une bavette avec Gandhi. Le truc c'est que la plupart des gens savent se fixer des limites. Jérôme Kerviel non.

Jérôme c'est un type normal à qui on aurait donné un Beretta à la place du cure dent qu'on t'offre habituellement. Fosca, lui quand il se pointait à la banque pendant son job d'été il en faisait pas des tonnes. Fosca ça le faisait chier de se trimbaler dossiers et courriers sous le bras, courant dans l'open space pour avoir le temps de couler un bronze entre deux séances photocopie digne des plus grandes épopées Homérienne.

On a pas fait de biopic sur Fosca parce que franchement on s'en branlerai, moi le premier. Et pourtant Fosca il en a palpé du fric. Un jour il a même tenu un chèque d'un demi million dans la mimine le Fosca si si j'te jure l'ami. Et je te parle même pas des dizaines et des dizaines de millions planqués au compactus à dossier dans lequel il farfouillait sans cesse à la recherche d'un papelard quelconque.

Ce qu'il y a c'est que pour jouer avec autant de flouze il faut en avoir une sacrée paire. Fosca c'est pas le dernier des pleutres qu'on se le dise, simplement se faire un poker avec le fric de la banque ça le fait pas trop bander. Bon il était pas Trader non plus, il bossait aux crédits immobiliers pour oublier un peu Freud et Lacan ainsi que ses propres crédits universitaires.

Ce qui compte dans son job c'est de trouver la bonne mesure. Au départ Kerviel il en avait du bel idéal. Il avait cru au baratin comme quoi il faisait partie des meilleurs des meilleurs, qu'il avait été choisi, lui, plus qu'un autre. Lorsqu'il s'engouffre dans la finance, c'est un bleu le Jérôme. T'as qu'une envie c'est de le vanner et lui faire des crasses, tous les stagiaires du monde connaissent ça.

Mais le Jérôme il en veut putain. Il en a besoin parce qu'au fond y'a pas grand chose qui le fait tenir. La banque l'enferme dans son carcan qu'un bon placement, un bon coup fait légèrement dorer comme si on lui avait beurré le joufflu. Son mentor c'est pas un bon gars. Le roi de la tchatche de bistrot ça il l'est mais il a cette nonchalance qui a tôt fait de précipiter Jérôme dans les affres financières.

On lui montre comment la spéculation ça fonctionne, comment tu peux faire gagner des milliers d'euros à ta boîte comme la faire couler. La pari est lancé, c'est nerveux, ça gueule de partout. Chaque gagneuse de l'écurie attend impatiemment la clôture pour empocher sévère et réaliser ses objectifs.

Mais Jérôme n'est jamais satisfait. Spéculer à la baisse pour réussir à faire rentrer un demi million c'est pas assez. L'ego, voyez vous, il a besoin d'être gavé de gros chiffres, vers l'infini et au delà comme disait le cousin buzz. Alors quand tes patrons ferment gentiment les yeux parce que tu comprends on va pas refuser une douche de fric et de champagne, ce serait comme s'en tirer une dans le falzar...tu recules pas, y'a pas moyen.

Ce film finira mal, on le sait bien, on connaît tous plus ou moins les faits relayés par les médias. Une certaine tension est pourtant constamment présente. On ne blâme pas cet homme comme on ne l'excuse pas. Une vie ce n'est pas si simplement résumé, ça se saurait. On le suit simplement dans son angoisse permanente de vouloir faire mieux que la veille, dans son désir d'exister au profit des siens. Jérôme n'est qu'un gars qui s'est laissé prendre au jeu et qui y a succombé. A qui la faute maintenant ? Au système ? On pourrait le dire, oui.

L'Oustider n'apporte aucun jugement, il ne fait que montrer ce qui a été, ce qui aurait pu être sans s'égarer à trop romancer son propos. Une très bonne expérience en définitive qui, plus que vous faire relativiser sur l'état de votre compte, vous enferme avec Jérôme dans l'antre de la finance. On est au fond jamais aussi seul qu'entouré de monde, c'est par ce genre de réflexion que le film s'avère fin et intelligemment mis en scène.

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