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L'assassin habite au 21

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Dans le quartier de Montmartre, au numéro 21 de la rue Junot, un endroit bien paisible, se situe la non moins calme "Pension des Mimosas". Toutefois ce calme est relatif, car il s'y passe des choses graves et absolument mystérieuses. En effet, la police est parvenue à identifier un certain Monsieur Durand, homme qui a pour fâcheuse particularité de tuer les gens la nuit dans les rues, soit au noeud coulant, soit à l 'épée ou au pistolet, sans oublier de laisser sa carte de visite sur ses victimes. Cette macabre affaire faisant grand bruit en haut lieu, le commissaire Wenseslas, se faisant passer pour un pasteur, débarque dans cette pension afin de mener une enquête. Pour cette mission délicate, il se fait accompagner de sa petite amie Mila Malou sensée être sa femme, une cantatrice exubérante à la cervelle de moineau, de façon à ne pas éveiller les soupçons. Au cours de ses investigations et de ses contacts avec les pensionnaires, notre inspecteur va aller de surprises en surprises.

Qu'il puisse se produire tant de drames suspects dans ce lieu bucolique et reposant du Montmartre de l'époque est vraiment fort surprenant. Autour de la pension,les petits oiseaux prennent encore le temps de chanter, les pensionnaires vaquent tranquillement à leurs occupations, à leurs passions, et l'entente semble cordiale. Les repas sont pris en commun autour d'une grande table et rien ne peut laisser présager que dans un tel climat bon enfant, il puisse se passer autant de choses épouvantables. Notre inspecteur Wenseslas occupe les lieux afin de se mêler à ce petit monde le plus naturellement possible, étant donné que, dans ce vase clos, chacun est susceptible d'être une victime potentielle. Tous vont d'ailleurs se scruter, se suspecter et tenter de deviner si le nouvel arrivant est un vrai pasteur ou un mystificateur. Le climat s'alourdit au fur et à mesure de la présence de Wenseslas et la suspicion se fait de plus en plus pressante à son égard dans les scènes qui vont suivre ...

Cette oeuvre de Henri-Georges Clouzot, tirée d'un roman de Stanislas-André Steeman, fait partie des grands moments du cinéma français . En effet, certains films anciens possèdent tant d'attrait qu'ils finissent par passer à la postérité, et qu'il nous est alors impossible de les oublier. Celui-ci, dont l'intrigue originale nous emporte vers un suspense très prenant, est parsemé de surprises, de rebondissements et de fantaisie et nous donne à voir, en prime, un bouquet final des plus inattendus. Il faut remarquer que le réalisateur a su s'entourer de fabuleux acteurs, un peu cabotins, afin de donner aux personnages pittoresques de cette oeuvre noire le petit plus qui fait son charme. Ainsi Pierre Fresnay, l'inspecteur Wenceslas, et Suzy Delair, son amie exubérante, forment-ils un couple tout à fait disparate mais ô combien talentueux ! Face à eux, les pensionnaires, notamment interprétés par Pierre Larquey, Noël Roquevert et Jean Tissier, sont tout à fait remarquables. Raymond Bussière est, quant à lui, assez irrésistible lorsque, perché sur un réverbère pour échapper à l'assassin, il chante à un agent un peu trop vindicatif à son goût: "J'emmerde les gendarmes et la maréchaussée...". Si l'on ajoute les dialogues percutants et pleins de finesse de Stanislas-André Steeman et d'Henri-Georges Clouzot, ainsi que les prises de vues en noir et blanc soulignant comme il se doit l'aspect inquiétant du film, nous voici devant un savoureux cocktail à déguster sans modération.

Alors s' il vous prend l'envie de venir vous égarer à la "Pension des Mimosas" et dans les rues sombres de Montmartre éclairées par les seules lueurs des réverbères, faites comme moi, allez voir ou revoir ce chef-d'oeuvre. Pour tout vous dire, j'en frissonne encore...

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