L’enfer, c’est les autres

Avis sur L'enfer est à lui

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Le Gangster Cody Jarrett voue une adoration pathologique à sa mère. Après une incarcération, c’est tout naturellement qu’il lui confie le commandement de son modeste empire du crime alors que sa folie ne cesse de croître.

Gangster engagé

L’enfer est à lui c’est l’histoire de Cody Jarrett. Criminel dont la principale expertise est le braquage, il est également le chef d’une bande de gangsters dont il n’a pas totalement confiance. La vie de Cody est rythmée par la mise en place d’un plan de braquage, par son exécution, puis par une longue période de cavale le temps que les choses se tassent. Sa femme survit dans la peur constante, tandis que sa mère fait l’objet d’une fascination presque malsaine.

Comme si tout ceci n’était pas suffisamment obscur, la lutte avec la vie se complique à cause du mental de Cody prêt à succomber à la folie d’un moment à l’autre. Il subit de violents maux de tête et des crises terribles que seul l’amour immodéré pour sa mère semble pouvoir contenir. Cette relation étrange est le socle de la colonne de tourments qui caractérise tant l’existence de Cody. Ce véritable psychopathe à l’œdipe persistant dédie ses méfaits à sa génitrice adorée, comme un enfant qui offrirait des cadeaux pour obtenir un peu d’amour maternel et de la reconnaissance. Cependant, c'est aussi cette relation qui maintient l’équilibre extrêmement fragile de Cody et repousse l’inévitable perte de lucidités qu’il peut encore lui rester.

L’emprise d’une mère

L’enfer est à lui révolutionne grandement les films de gangsters, notamment avec sa représentation atypique dudit gangster. On en garde souvent l’image d’un criminel qui lutte contre la société, d’un marginal incapable de s’intégrer comme les autres et constamment dans l’obligation d’être hors-la-loi par nature ou par obligation. Cody est en réalité un gangster réaliste qui vit avec des démons très communs de la vie en communauté.

Sa famille est en effet sujette à des tares nombreuses que nous pouvons tous connaître. C’est notamment le cas des aléas de la vie conjugale avec au mieux une perte de la flamme d’antan ou au pire de sérieux doutes sur la fidélité du conjoint. La mère est possessive et autoritaire, désirant tout contrôler même à l’âge avancé de son fiston. Elle est étouffante et est la cause principale d’une asociabilité maladive chez Cody. On suit donc un personnage dans ses problèmes personnels et familiaux, sans que ceux-ci sortent réellement de l’ordinaire tant ils peuvent être pour la plupart très communs. Une manière comme une autre de ne pas nécessairement nous présenter les gangsters comme des bourreaux, mais plutôt comme des victimes de la vie. Dans une même idée, la folie ne trouve pas toujours une cause liée à une société malveillante, l’Enfer est à lui démontre que la folie peut aussi être d’origine familiale.

Raoul Walsh et James Cagney

Le cinéaste Raoul Walsh jongle avec aisance et savoir-faire entre l’action, le suspense, le drame, mais aussi l’amour. Une expertise que l’on ressent à chaque cadre pour un degré de fascination différent.

Méthode complémentaire et d’autant plus efficace quand James Cagney incarne cet homme imprévisible qu’est le gangster Cody. Parce qu’on ne peut pas prévoir de réactions lucides et logiques à son égard, on se surprend à attendre et à prévoir un événement sans savoir quoi exactement. En effet, on est soulevé par le premier quart d’heure comme on est effrayé par le rapport possessif mère-fils. Une scène à l’image de tout ceci est ce moment où Cody se confesse croit-il à un ami, en pleine nuit sous un arbre. Dans une angoisse digne du cinéma d’épouvante, il affirme toujours parler à sa mère et même discuter avec elle. Une prestation magistrale de James Cagney.

Conclusion

James Cagney a eu la chance d’incarner (brillamment) un des meilleurs gangsters du cinéma. L’histoire d’un criminel atypique, davantage victime de la vie qu’un véritable bourreau indéfendable, luttant constamment contre une folie dévorante qui prendra fatalement un jour le contrôle. Pour sublimer l’ensemble, Raoul Walsh en tant que cinéaste use de son savoir-faire pour jongler habilement entre divers éléments complémentaires : l’action, le suspense, le drame, et une vision particulière de l’amour.

Top of the world, Ma

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