La fureur de vaincre

Avis sur La 36ème Chambre de Shaolin

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Comme leur nom l’indique, les arts martiaux constituent un art de vivre, une philosophie qui, plus qu’un simple ensemble de techniques de combat, allient force et esprit sur un chemin commun. Nombreux sont les films à en avoir parlé, de bien diverses manières, et La 36ème Chambre de Shaolin nous convie à un apprentissage fascinant.

Les arts martiaux prenaient déjà une place importante dans les cinémas d’Asie orientale depuis un certain nombre d’années lorsque Liu Chia-liang réalisa La 36ème Chambre de Shaolin. Ici, nous faisons la connaissance de Liu, vivant à Canton, qui vit sous le pouvoir et l’oppression des Mandchous. Malgré la culture qu’on lui enseigne à l’école, le jeune homme se sent impuissant face à ce pouvoir implacable auquel il veut s’opposer. Cherchant d’abord à aider les résistants, il souhaite acquérir la maîtrise du kung fu, pour être capable de se battre et de venger les siens. Le chemin sera long et semé d’embûches, pour parfaire son art et, surtout, dépasser ses motivations premières.

La séquence d’introduction, accompagnant le générique, montre un Liu déjà aguerri, qui répète des mouvements maîtrisés dans des espaces épurés, mettant en lumière toute l’ardeur et la discipline du jeune homme, revêtant ici des allures de guerrier. Il n’en faut pas plus pour impressionner un spectateur curieux qui assiste à une démonstration l’invitant à en savoir plus et à découvrir l’histoire de Liu. Car la quête première de ce dernier est motivée par la vengeance, mais ce qui va faire l’intérêt du film n’est pas le but, ou l’atteinte de ce but, mais bien le chemin qu’il va entreprendre. La 36ème Chambre de Shaolin expose tout l’entraînement suivi par un jeune homme découvrant les arts martiaux, construisant son personnage en le faisant traverser les épreuves, qui couvrent la majeure partie du film, dans une succession d’entraînements et d’apprentissage captivants.

Tout est bien pensé et bien mis en scène, confrontant la philosophie des moines à celle du jeune homme qui apprend à s’y conformer pour adapter sa vision du monde et pour s’améliorer. On s’attache à ce personnage qui semble incapable de parvenir à ses fins dans un premier temps, mais qui trouve toujours l’énergie pour persévérer, jusqu’à ce déclic libérateur et galvanisant qui le fait triompher, et qui réjouit aussi le spectateur. Malgré son assurance grandissante, c’est un personnage qui reste profondément humain, friable bien que puissant, parvenant à établir un lien entre le spectateur et ce monde Dans la plupart des films invoquant la vengeance, c’est l’accomplissement de celle-ci qui permet d’obtenir satisfaction, mais dans La 36ème Chambre de Shaolin, c’est bien tout le chemin, toutes les péripéties intermédiaires, qui sont réussis et qui font l’intérêt du film. La vengeance finit par être reléguée au second plan au profit de l’accomplissement du héros, pour montrer l’intérêt véritable des arts martiaux.

Là où les films d’arts martiaux et de kung fu permettent d’admirer l’art de grands maîtres en la matière, découvrir cet apprentissage permet de voir, dans un certain sens, les coulisses et l’essence de cet art. Le cœur du film est sans aucun doute sa partie la plus palpitante, menant à une conclusion conditionnée par l’orientation première du récit, devenant alors assez fonctionnelle, mais ce reproche ne fait que légitimer, finalement, la réussite du film, qui est de montrer que le véritable enseignement des arts martiaux est ailleurs que l’usage que l’on penserait en faire.

Critique écrite pour A la rencontre du Septième Art

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