Des sens animés

Avis sur La Belladone de la tristesse

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Selon Hiroki Azuma* on pourrait scinder l'animation nippone en deux catégories : le full anime et le limited anime. La première regroupe ceux qui misent sur l'expression, le mouvement et la fluidité de ce dernier. La seconde, aux antipodes de la précédente (vous vous en doutez bien), est basée sur la narration et repose sur/sous les traits de mirifiques compositions immuables. C'est d'ailleurs cette dernière qui nous intéresse ici puisque cette pauvreté de l'animation, financièrement arrangeante, largement décriée par Tezuka, dépité de voir son Astro cantonné à trois-quatre mouvements par épisodes, sera réemployée à l'avantage de divers héritiers du maître à l'oeuvre ici.
Ainsi on retrouve dans l'équipe qui constitue Kanashimi no Belladonna des noms tels que Yamamoto, Sugii ou encore Dezaki et ce sous la houlette de Tezuka même et de son studio Mushi.

Certes, lorsqu'on parle du "papa du manga" ce sont des noms tels qu'Astro, Léo ou encore princesse Saphir qui nous viennent d'abord à l'esprit, mais vous n'ignorez peut-être pas que Tezuka est à l'origine d’œuvres bien plus sombres, à commencer par les Mille et une nuits (1966) et Cléopâtre (1969), les deux premiers films d'animation de l'Animerama, une trilogie pinku signée Eiichi Yamamoto que clôture la Belladonna.

Adaptation de "La sorcière" de Michelet, le film nous narre les malheurs de Jeanne fraîchement mariée à Jean, dont elle sera presque aussi vite dérobée et souillée par le vampirique souverain du royaume dans lequel se déroule cette histoire.

A ces faits, relativement secs, se soustrait alors l'onirisme sublime de l'animation: point d'orgue de l'oeuvre. De généreuses compositions, au sein desquelles se mêle l'Art nouveau de Klimt à Beardsley en passant par Mucha, naît un érotisme sain, l'érotisme selon Bataille, car Kanashimi no Belladonna prône la révolution des sexes par le sexe: la rencontre, en quelque sorte, entre l'érotisme violent de Koji Wakamatsu et la Liberté aux seins nus de Delacroix, sur laquelle s’achève d’ailleurs le métrage.

Kanashimi no Belladonna est un édifice de magnifiques audaces, véritable empire des sens animés.

Article publié sur Plan Tatami

*Azuma Hiroki, Génération Otaku : les enfants de la postmodernité

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