Diamants sur Cannes happés.

Avis sur La Bonne Année

Avatar Florent Bizouarn
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La bonne année (comédie, policier, 1973.)

Attention **Lelouch** ! Sorti en 1973, un an après le splendide « L'aventure c'est l'aventure », « La bonne année » est l'occasion pour lui de travailler à nouveau avec **Lino Ventura** (Simon). Pour sa 5ème réalisation de la décennie (sur 13) il retourne à l'une de ses gammes préférées : le film de gangster. Rajoutez à cela ce qui fait sa patte : le hasard de la rencontre, le flash instantané et vous avez un film de Lelouch prêt à l'emploi.

Simon est un truand, un gangster, le soir de la Saint Sylvestre il bénéficie d'une remise de peine et part retrouver celle qui l'attend depuis un moment déjà: Françoise (**Françoise Fabian**). Attention, 3,2,1 flash-back. Oui, le cœur de ce film, c'est ce qu'il se passe avant la prison. Parti pour rejoindre Cannes, il convint son ami Charlot (**Charles Gérard**) les échanges et l de prendre part à une petite révolution dans le monde du « gangstariat » : le hold-up psychologique. Son principe serait le chaînon manquant entre Bonnie & Clyde et Albert Spagiarri : non pas « sans armes ni haine ni violence » mais de tout en proportions raisonnables. Plus sérieusement, mêlé à l'art du déguisement, il s'agit de développer une relation de confiance avec le bijoutier. Ainsi, Simon, grimé en vieillard de passage à Cannes, se rend régulièrement à la bijouterie prétextant acheter quelques petits cadeaux pour sa sœur en fin de vie. Petit à petit, il construit son personnage avec de menus détails : toujours vouloir rester debout, exiger un joli paquet pour le cadeau, de façon à multiplier les interactions et les rituels avec celui qu'il veut plumer, le bijoutier (**André Falcon**). Pour mener à bien ce braquage, il est donc accompagné de Charlot, bon exécutant, mais pas le plus à même de comprendre les nuances du braquage psychologique.

Mais voilà, attenant à la bijouterie, un magasin d'antiquités ouvre sa vitrine de bon matin, et Simon tombe instantanément sous le charme de la belle Françoise, femme aux goûts raffinés et très cultivée, propriétaire du magasin. Ainsi, le gangster s'affaire au braquage des bijoux et du cœur de la belle. Autant dire que l'entreprise est risquée. Comment lui, voyou pas cultivé pour un sou, peut-il la séduire ? La réponse, il la donne lors d'un dîner face à quelques pseudo-intellectuels qui se gargarisent de leurs logorrhées verbeuses et ennuyeuses et se moquent de nos deux comparses : « Mais alors comment choisissez-vous quel film aller voir si vous ne lisez jamais les critiques ? »
« Comme on choisi une femme : en prenant des risques ». Et en effet, tout au long du film, il prend des risques, se trompe, tente à nouveau, se corrige.
L'une des dernières scènes est un long plan séquence dans l'appartement labyrinthique où l'on suit Fançoise, comme pour signifier la fin d'un long calvaire, dont vous comprendrez toute la portée en voyant le film .

Ici, Lelouch nous propose un film de gangster au rythme de la vie. Tout est assez lent. Le braquage, et l'amour naissant intègrent chacun cette cadence, et l'on prend un réel plaisir à connaître ces personnage, à assister à la solide amitié qui anime Charlot et Simon ou le gérant de la boutique, dont pourtant Simon incite le spectateur à le détester. D'ailleurs, ce rythme très lent donne l'impression que les acteurs jouent sans jouer, et c'est un ravissement à écouter.

En plus de cela, il faut noter les petites audaces, les touches géniales que donne le réalisateur à son tableau. Le cinéma est mis en abîme : le film s'ouvre sur les images « D'un homme et une femme » (1966), et annonce un peu ce qu'il va se passer. Le même film est hué par les spectateurs, et plus tard se trouve détruit par les petits intellectuels. Ainsi, Claude Lechelou adresse un vif bras d'honneur à ceux qui le vilipendent sans cesse depuis quelques années déjà.
Aussi, il fait le choix de présenter l'action qui se déroule au présent en noir et blanc et le souvenir en couleur, comme pour donner une dimension plus vivante et essentielle à l'action passée.
Enfin, ce film est aussi un film résolument moderne. Si « l'aventure c'est l'aventure » fut critiquée pour sa vision réactionnaire et conservatrice. Celui-ci est plus « progressiste ». Il nous montre une femme résolument moderne et libérée qui veut vivre sa vie « comme un homme » et ce sentiment est d'autant plus fort, car comme toujours Lino Ventura incarne l'homme, viril, qui va jusqu'au bout.
Qu'il est agréable de se laisser bercer par un film pendant près de 2h sans décrocher une seconde de l'histoire, 7,5/10.

Le choix de cette œuvre est aussi motivé par une autre raison. En effet, dans ce film, nous retrouvons **Michou**, qui interprète son propre rôle. Nous le retrouvons dans son cabaret où il vient en aide à Simon. Je me suis étonné en lisant sa biographie qu'il ne compte qu'une seule apparition au cinéma, dans ce film, alors que son personnage aurait eu toute l'épaisseur pour intervenir sur d'autres plateaux. C'est une critique hommage en quelques sortes, pour le fantaisiste drapé d'un coin de ciel bleu. Celui qui inspira Albin de **« La cage aux folles »**.

Signé Sarrus Jr.

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