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Le genre de l'épouvante-horreur, encore de nos jours, est loin d'avoir une belle place dans le cinéma d'animation. Si l'on excepte quelques occurrences telles que Perfect Blue ou Peur(s) du noir, l'utilisation de la peur et de l'imagerie horrifique se cantonne généralement à certaines scènes. Pour ce dernier cas, on peut citer Psiconautas ou Akira, qui utilisent en certaines occasions des mises en scène surréalistes s'apparentant à des cauchemars visuels. Ce manque s'explique généralement par un désintérêt des créateurs et des producteurs, pensant, souvent à juste titre, que le marché de l'animation horrifique n'est que peu lucratif. Heureusement, certains artistes indépendants décident parfois de se lancer dans ce travail aussi fastidieux que risqué, et ça a été le cas de Cristobal Leon et Joaquin Coacinã avec La Casa Lobo.

La Casa Lobo ("La maison du loup") est donc un long-métrage d'animation horrifique chilien sorti au cours de l'année 2018 et popularisé en France par le site Mubi, qui l'a diffusé quelques temps la même année. Fort d'une mention du jury au festival d'Annecy, le film raconte l'histoire d'une petite fille cherchant à s'échapper d'une colonie sectaire nommée Dignidad. Au cours de ses pérégrinations, elle finit par se réfugier dans une maison abandonnée.

L'aspect principal du film, qui me paraît essentiel pour toute personne s'intéressant à l'animation, est sa technique et la pure insanité qui se dégage de ses visuels. Il s'agit pour moi d'une des manifestations esthétiques les plus hallucinantes du cinéma d'animation, utilisant cette maison abandonnée en tant que terrain de jeu empreint de folie, d'ambition et d'amour pour la tradition du conte. De façon plus concrète, le film utilise toute une palette de techniques : de la stop-motion pure (utilisation de poupées, mouvement des meubles de la maison), des personnages faits mains qui se construisent littéralement devant les yeux des spectateurs, des peintures sur les murs qui s'animent et qui influent directement sur l'environnement du film. Tout cela crée un imbroglio visuel incroyablement plaisant à suivre, versant tant dans la fantaisie des contes que dans le drame familial ou l'horreur psychologique. Cette hybridation des genres et des styles donne un charme tout particulier au film ainsi que la sensation de voir un film unique, sans équivalent dans l'histoire du cinéma.

Pour sa trame narrative, bien qu'elle soit finalement assez secondaire (voire anecdotique/inexistante), le film commence sur une présentation de l'organisation sectaire Dignidad, fondée par un ancien militaire nazi au Chili au début des années 1960. Cette mise en contexte donne un réalisme au film qui sera ensuite largement balayé par le reste des événements, qui se traduit par des références assez explicites à des contes comme les Trois petits cochons, et par diverses situations tantôt angoissantes tantôt terrifiantes, égalant à ce niveau les rares classiques de l'animation horrifique. Certains se plaindront probablement de ce manque d'histoire concrète, et finiront peut-être par s'ennuyer devant ce long-métrage qui ressemble davantage à un hommage macabre aux contes pour enfants qu'à un film en reprenant correctement la narration.

Quant à son ambiance, il s'agit probablement de son autre principal aspect positif. Fort des scènes angoissantes mentionnées précédemment, le film se targue aussi d'une voix off chuchotante qui fait froid dans le dos et qui accentue davantage la sensation d'échappatoire et d'isolation dont doit faire preuve la protagoniste. En plus de cela, les saccades provoquées par la stop-motion créent une sensation de mal-être supplémentaire. On se retrouve ainsi face à un film usant de ses moyens techniques et narratifs au service d'une atmosphère constamment prenante et lugubre, pour peu qu'on y soit réceptif.

Finalement, La Casa Lobo se révèle peu à peu comme une expérience cinématographique sans pareille, particulièrement par sa technique presque révolutionnaire au sein du médium de l'animation. Le long-métrage impressionne, terrifie et plonge son spectateur dans une ambiance qui plaira probablement aux amateurs de films d'horreur. Je recommande enfin de vous intéresser aux travaux de ces deux réalisateurs, et j'espère sincèrement d'une part voir ce film en salles un jour, d'autre part que ce duo reprendra son activité pour un second film de la même teneur.

MurkyKwak
9
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