To Hell Sharp, or to Glory. It depends on one's point of view.

Avis sur La Charge fantastique

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George Armstrong Custer est un cadet ambitieux mais insubordonné. Il est turbulent, peu assidu en cours, jamais ponctuel et bagarreur mais excelle aux arts de l'équitation et de l'escrime. En bref c'est un maître branleur, un cinquième dan, qui exaspère ses enseignants de West Point. Mais quand vient l'inévitable guerre civile que l'élection de Lincoln laissait présager, il est pourtant diplômé avec sa promotion de 1861. En dernier certes, mais diplômé malgré tout. Il intègre même la précieuse branche de la cavalerie américaine de l'union (un nordiste donc) avec laquelle il accumule bientôt victoires sur le champ de bataille, récompenses et promotions à tel point qu'il termine la guerre comme général (major-général pour être exact). C'est maintenant l'heure de la paix. Et qui dit paix dit ennui et qui dit ennui dit alcool. Le civil sied mal à un homme comme Custer et sa ravissante femme, qui s'en rend bien compte, remue ciel et terre pour lui obtenir une affectation. L'homme semble revivre quand les ordres arrivent enfin : il prendra le commandement du 7e régiment de cavalerie stationné à Fort Riley dans le Kansas, alors empêtré dans la guerre avec les indiens et notamment les sioux de Crazy Horse. Une entente est néanmoins trouvée entre les indiens et le gouvernement américain, sous l'impulsion du magnanime Custer, à la condition que les Black Hills, cimetière éternel et ancestral des indiens, demeurent inviolés par l'homme blanc. Custer y met un point d'honneur ; il empêchera à quiconque le voudrait l'accès aux montagnes. Malheureusement pour lui et ses hommes un train doit y passer coûte que coûte même si cela doit se faire au péril de leur vie.

Exit Michael Curtiz (à sa grande joie), welcome Raoul Walsh. Flynn et lui tourneront en tout et pour tout sept films ensemble. En revanche, contrairement aux tournages avec le hongrois, pas question d'arriver éméché (doux euphémisme compte tenu des caisses qu'il se mettait), de tendre des pièges à Olivia ou de flirter avec toute la gente féminine des environs. C'est que Walsh, qui n'est pas né de la dernière pluie, connaît bien les hommes dans le genre d'Errol ayant lui-même arpenté les même sentiers que l'acteur. Filles et alcool à gogo hors plateau mais en compensation, une assiduité et un professionnalisme irréprochable. C'est le deal. Poignée de mains entre les deux bandits.

Hagiographie chevaleresque de Saint Custer le romantique entends-je pester au loin? So what? On est chez Walsh désormais, plus chez Curtis (avec l'immense respect que je lui voue) ; au diable la réalité historique et longue vie à la légende. Walsh se moque de tout : de Custer lui-même qu'il accoutre comme le plus prétentieux des toréadors, de la bénédiction matrimonial du paternel (avoir comme gendre un simple lieutenant jamais, mais un général, of course! si peu vertueux soit-il), de l'armée bien évidemment ("What, me? Be a soldier, and wear them fancy pants and wash my ears with store soap and sleep in a bed? My business is shooting, not saluting. No, sir. I can't salute, anyway. I got rhumatism in my saluting arm." dira par exemple California Joe joué par Charley Grapewin dans un numéro à la Walter Brennan) et surtout de la guerre. La scène du restaurant pendant laquelle Greenstreet s'empiffre en compagnie de Flynn et rétorque au serveur qui lui apprend qu'il n'y a plus de son plat préféré que ce n'est pas grave parce que c'est la guerre et que tout le monde doit se sacrifier est réjouissante. Walsh se moque même de l'image de son acteur principal : les deux seules fois qu'il entre sobre dans un bar il se fait vilipender par son beau-père et ses hommes! Quand il est plein? Il sauve un ancien camarade de West Point de la damnation au terme d'un duel de shooters et de réparties exceptionnel. En revanche il ne se moque ni de l'honneur de l'armée (la scène dans le parc de West Point où un capitaine fait sortir tous les sudistes du rang des cadets pour les envoyer se battre pour la confédération sous le salut et l'hymne du Sud entonné par les yankees en dit long), ni de l'histoire ("What do you yankees think you are? The only real Americans are on the other side of the hill with feathers in ther hair.") et, détail aussi étrange qu'insignifiant mais suffisamment évocateur de la personnalité du réalisateur pour être souigné, ni de la superstition. C'est dans le marc de thé que la récente oscarisée Hattie McDaniel lit l'avenir d'Olivia et dans la rupture de la chaine de la montre à gousset de Flynn qu'Olivia sent, à son tour, sa mort prochaine.

En choisissant de faire de Custer un héro romantique, amoureux, chevaleresque et protecteur de la cause indienne, Walsh dut faire plaisir à Ford. La vérité est évidemment tout autre, mais le réalisateur est bien trop intelligent pour s'en contenter. Il choisit à la biographie fidèle, l'hagiographie hollywoodienne et laisse la machine narrative faire les reste. Reconstitution parfaite, charges épiques, scénario hyper-intelligent, message sous-jacent, dialogues ciselées ("He who drinks and run away live to drink another day" dit par exemple Flynn, fallait-il le préciser), envolées lyriques et tragiques (- Where is the regiment riding? - To hell Sharp, or to glory. It depends on one's point of view), le film est a bien des égards parfaits. Il marque également la huitième et dernière collaboration entre Errol Flynn et Olivia de Havilland (j'en profite d'ailleurs pour lancer un appel à témoin : le petit Alan Hale est porté disparu depuis maintenant deux films, contacter Jack Warner si vous avez des informations, Errol s'inquiète). Olivia, comment ne pas tomber amoureux d'elle dans sa robe de mariée et comment ne pas avoir la larme à l’œil quand dans se tenue de veuvage, elle évoque son mari héroïquement disparu qui s'imprime en fond. Des visions comme seul ce cinéma m'en a donné. Errol est une fois de plus au niveau de sa sublime partenaire (elle embellit de film en film depuis Dodge City et gagne en maturité dans son jeu) et livre une de ses interprétations les plus solides, habitées et marquantes. Le costume lui sied aussi bien que le rôle de l'homme en quête d'éternité qui veut laisser son nom dans l'Histoire. Ç’aurait pu être un dix. Ça le sera peut-être un jour à force de la voir et de le revoir (je suis déjà à + 1 depuis la dernière vision qui était déjà à + 1 de la précédente).

- Here's to money. And long may she jungle.
- You may be right about money Sharp. Quite right. There's one thing to be said for glory.
- And what's that?
- You can take glory with you when it's your time to go.

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