Qu’elle est alerte mon armée

Avis sur La Charge héroïque

Avatar Sergent Pepper
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A mesure qu’il déroule sa filmographie, John Ford assume de plus en plus explicitement son caractère d’historien des fondations de son jeune pays. Dans La charge héroïque, deuxième volet de sa trilogie sur la cavalerie, le recours à la voix off pour ouvrir le film entérine cette fonction d’un cinéma qui retrace son passé tout en l’honorant. C’est là toute la beauté et le classicisme de Ford : un enthousiasme intact, une sincérité qui ressurgit sur tous ses personnages.
Pour souligner le fil rouge du récit, qui sera ici un ruban jaune, rien de tel que la couleur. Elle magnifie les ocres de Monument Valley, annonce la splendeur à venir de Searchers, et fait de la cavalerie un défilé rivalisant avec les peintures bigarrées des indiens sur le sentier de la guerre.
Résolument en mouvement, le film s’articule autour d’un convoi notamment dû à l’irruption des femmes dans la cavalerie. Les échanges se font le plus souvent à cheval, et l’on se succède pour un entretien au long cours qui mêle avec habileté stratégie militaire et amoureuse. Comme toujours chez Ford, la femme a une place bien définie : si elle rejoint le défilé, c’est pour en mener en bourrique une partie des hommes. Screwball et ébauche de trio amoureux viennent donc pimenter la vie et les déplacements bien normés de la cavalerie.
A son commandement, Wayne est Nathan Britlles, sur le point de prendre sa retraite. Avisé, attaché à ses hommes et soucieux de maintenir la paix, fraternisant avec les indiens et faisant volontiers usage de la ruse, y compris avec son propre camp, il est l’antinomie de Thursday dans Le Massacre de Fort Apache. Derrière les phrases viriles (« Don’t ever apologize : it’s a sign of weakness »), c’est une fois encore l’humanité paternaliste qui domine. Pour équilibrer cette stature sur le départ, le sergent joué avec faconde par Victor McLaglen assume la part bouffonne de la vie de caserne : soiffard, gouailleur, mélangeant l’amitié et les coups de poing, il ponctue le récit d’une bonne humeur devenue, elle aussi, la marque de l’univers fordien.
Car c’est bien la vie collective qui prime ici. Si le récit se tend vers cette fameuse charge, on constatera que celle-ci est avant tout un prétexte, tout comme le sera la fausse retraite de Brittles. Ici, on s’attarde davantage sur la passation de pouvoir entre la vieille garde bienveillante et la jeunesse exemplaire, à la conquête de l’Ouest et de la femme qui fondera l’autre famille après la nation, à l’échelle individuelle.
Même si cette charge est courte, elle reste l’occasion pour Ford de manifester son savoir-faire : on n’oubliera pas de sitôt ce galop de chevaux indiens désertant le camp, dans des nuages de poussière qui rappellent avec force la mythologie qui inspirera Cimino dans La Porte du Paradis.

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