La présomption de culpabilité

Avis sur La Chasse

Avatar TheoC
Critique publiée par le

Sujet sensible personnellement, j'admet avoir été obligé de faire quelques pauses pour digérer la révolte que m'inspirait l'injustice dont le film fait son sujet. Étant animateur en colonies de vacance, je me suis identifié sans mal au personnage de Madds bien que je ne fasse plus les maternelle depuis quelques années. Et ça a rendu l’injustice d’autant plus cinglante.

Les bases du récit sont solides et terriblement réelles :
D’abord, Madds est le seul homme à travailler dans le jardin d’enfant. Il faut comprendre que surtout chez les plus jeunes, c’est un milieu extrêmement féminin et ou il y a toujours une trace de défiance envers les hommes. Il est obligatoire d’avoir des anims masculin sur ce genre de structure mais les parents sont toujours moins cordiaux envers eux et même les collègues féminins peuvent avoir plus de reserve. Car on ne va même pas considérer qu’une femme puisse être une pédophile alors qu’un homme, seul dans cet univers féminin, seul avec des enfants, les préjugés font que ça interroge.

Le deuxième point terriblement réaliste, c’est que la valeur de la parole de l’enfant. Il aura toujours raison. Ici on parle de pédophilie et évidemment ça prend des proportions monstrueuses mais sans aller jusque là, ça reste vrai pour le reste et un encadrant peut aisément se retrouver à la merci de la parole d'un enfant avec qui il a été en conflit. Car l’adulte peut être soupçonné de duplicité mais pas un enfant. Le réalisateur ne montre même pas Madds se justifier, car vu qu’on ne pressera jamais un enfant à détailler une mauvaise experience (voir ici complètement traumatisante) dans les détails, l’explication de l’adulte passe rapidement pour une justification bancale.
La réaction des parents et la paranoïa collective qui s'emparent d'eux est légitime et témoigne également de la valeur de la voix de l'enfant par rapport à celle de l'adulte. Même quelque chose d'anodin, (pipi au lit et cauchemars, avec des enfants dans un jardin d'enfant, c'est pas exactement rare) devient une un élément de culpabilité contre lequel l'adulte ne peut se défendre.

Le troisième point qui est pour le coup subtil et bien géré c’est le mensonge chez l’enfant. D’abord Klara ment sur le coup de l’émotion, pour elle, c’est anodin, elle répète quelque chose qu’elle a entendu ailleurs. Ensuite, elle a un discours contradictoire mais elle ne ment/avoue pas de façon aléatoire. A chaque fois qu’elle voit les choses dégénérer et aller trop loin. Elle confesse avoir menti. Au contraire, à chaque fois qu’elle est confronté directement, qu’on place la responsabilité sur elle en lui demande brutalement si elle a menti, elle va confirmer son histoire comme mécanisme de défense. Etre un menteur/menteuse à cet âge là, c'est le superlatif suprême du mal, c'est avouer être l'antéchrist, et les enfants refusent souvent de l'admettre même face à des faits irréfutables.

Au niveau de la réal, c’est principalement fonctionnel mais il y a deux plans qui ont retenu mon attention. Premièrement, lorsque Madds revient de son procès, il entend un bruit au loin et on le voit écouter, méfiant, sa silhouette au premier plan est filmée avec des contrastes augmentés ce qui le sépare nettement de la ville en second plan. Le contraste lourd insiste sur la fracture entre lui et la communauté. C’est d’ailleurs le seul plan qui utilise ce genre de silhouette malgré de nombreuses scènes d’extérieur.
Le deuxième plan qui est super c’est le tout dernier. Depuis le « 1 an plus tard » on voit un retour des couleurs chaudes à l’écran, l’ocre de l’automne déteint sur l’éclairage du visage des personnages avec des teints de peau chauds. C’est un retour à la vie et à l’intégration au sein de la communauté pour le personnage principal. Après qu’on lui ait tiré dessus, il se lève et réalise qu’en fait il ne se défera jamais de la suspicion de culpabilité, il ne sera plus jamais intégré et en sécurité au sein même de ses amis. A ce moment là, non seulement, l’arrière blanc passe de l’ocre des feuilles à un brouillard blanc et froid, l’éclairage sur son visage change pour pour devenir également beaucoup plus froid, les tons de peau devenant presque blancs. Il retourne immédiatement en hiver qui était le climax de son accusation lors du Noël précédent. Et ça c'est de la narration visuelle comme je l'aime.

Je ne parvient pas à savoir si c'est un film absolument à voir pour les encadrants travaillant avec les enfants les plus jeunes ; ou si au contraire, c'est à éviter pour ne pas se dégouter de son propre métier. Un excellent film en tout cas, la première partie est particulièrement bonne, tandis que la seconde offre une réhabilitation presque trop facile. En vérité, il n'aurait pas eu besoin d'attendre un an pour être menacé à nouveau

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 248 fois
2 apprécient

Autres actions de TheoC La Chasse