Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark

Avis sur La Chasse

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Thomas Vinterberg est un cinéaste autant en vogue qu’il divise. Son cinéma, formellement particulier, en aura décontenancé plus d’un. Néanmoins, c’est peut-être dans La Chasse que le cinéaste Danois va parvenir à être apprécié de manière plus homogène. Raflant le Prix d’Interprétation pour Mads Mikkelsen, La Chasse est en bonne voie pour permettre à Vinterberg d’avoir une nouvelle appréciation publique grâce à un parc de spectateurs plus large, attirés par l récompense Cannoise. Un parcours qu’a connu le dernier film du cinéaste préféré de La Croisette, Lars Von Trier.

La parole de l’enfant est puissante. C’est un fait qui s’est retrouvé avéré dans notre société, et exploité dans de nombreux arts, le cinéma en tête bien de nos jours. Et toute puissance peut se révéler bénéfique comme destructrice. Vinterberg choisit donc comme approche de base pour son film la remise en question de la parole des bambins. Mais l’idée ici n’est sûrement pas de porter un quelconque jugement sur les enfants en eux-mêmes, mais bel et bien de parler de la l’absurdité du monde adulte. Par plus d’un aspect, La Chasse me rappelle Scènes de Chasse en Bavière de Peter Fleischman, film sur la traque et l’humiliation d’un homosexuel.

L’écriture de La Chasse sait mettre mal à l’aise. Elle n’y va pas avec le dos de la cuillère, mais son maniement est assez travaillé pour éviter, la majeure partie du temps de gros manques de subtilité. Vinterberg (et son co-scénariste Tobias Lindholm) a mis l’accent sur ses personnages, remarquablement bien traités (et interprétés, mais j’y reviendrais plus tard). Le bouchon est poussé encore plus loin, lorsque que l’enfant se montre plus lucide que l’adulte. L’adulte, l’homme, n’est qu’un sombre connard soumis à ce que ses oreilles veulent bien entendre. Jamais la remise en question ne le travaille à moins de le pousser dans les pires extrêmes possibles. Et au fond de ces extrêmes, on découvre aussi que La Chasse est un film sur le pardon. Mais pas un pardon tout blanc, pas un pardon messianique. Un pardon qui a son prix, mais également ses zones d’ombre. Car n’oublions pas que La Chasse est un film qui commence en automne et finit en automne. Pour ne pas spoiler, je n’en dirais pas plus. Alors que La Chasse s’efforce de mettre à mal le concept de la vérité absolue chez les bambins, c’est finalement la vérité de certains concepts qui est touchée.

Un des atouts de La Chasse, c’est aussi sa réalisation. Vinterberg se fend d’une belle maitrise de la caméra et du découpage qui lui permet de traiter visuellement extrêmement bien son histoire et ses personnages. De manière générale, c’est très bien vu, et le très beau jeu sur les focales aide grandement. Je pense notamment au passage lorsque Mikkelsen apprend de quoi on l’accuse, et qu’il se retrouve seul à l’extérieur, au centre, filmé de pleine face avec ce qui un grand angle, qui l’écrase complètement au premier plan et le détache complètement de l’arrière. La longue-focale sur le regard des autres, distants, détachés, y répond dans le plan suivant. Un exemple parmi de nombreux. Je demeure néanmoins un peu sceptique sur l’utilisation des zooms. Si certains sont bien vus, et instaurent une vraie tension, un vrai rétrécissement de l’espace, d’autres manquent de subtilité, tant sur le plan formel que sur le fond.

C’est aussi le travail photo qui façonne le film. Vraiment, j’ai été très surpris, la photo est dans l’ensemble belle. Je ne suis pas toujours client des séquences dans la pénombre, mais j’ai trouvé mon bonheur dans celles automnales. Je trouve sincèrement que ce sont les plus belles images de l’automne que j’ai vu au cinéma depuis un bout de temps. Mais même en dehors de ces aspect, dans des décors tout ce qu’il y a de plus lambda, une esthétique se créé et burine remarquablement bien le visage des protagonistes. Je me suis arrêté plus d’une fois sur un plan type champ/contre-champ, qui aurait été complètement lambda chez un autre réalisateur, pour « admirer » les personnages.

Comme je l’ai dit plus haut, La Chasse vit par ses personnages. Je soupçonne Vinterberg d’être un très bon directeur d’acteur, car en plus d’obtenir de très bonnes performances de Mikkelsen et de son entourage (je mets une grosse mention à Thomas Bo Larsen, le meilleur ami), il dirige également très bien les enfants (le fils de Mikkelsen comme la petite fille, Klara). Le jeu est tantôt déstabilisant, tantôt dans la vérité, et créé véritablement une sensation de malaise lorsqu’on se place ne serait-ce que 10 secondes dans la peau de Mikkelsen. On s’y retrouve finalement régulièrement, tant l’empathie avec le personnage est bien gérée, et le jeu de Mikkelsen jamais dans le pathos.

Est-ce que la chasse se frayera une place dans mon top 10 de l’année ? C’est possible. A plus d’une reprise j’ai été incertain d’y trouver un film de qualité, mais la projection m’a rapidement calmé. Quoi qu’il en soit, La Chasse menée par Vinterberg sera parvenue à me toucher.

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