« L’enfer, c’est les autres »

Avis sur La Chasse

Avatar The Passenger
Critique publiée par le

Sartre disait : « il existe quantité de gens qui sont en enfer parce qu’ils dépendent du jugement d’autrui ». Bien que je ne fasse aucun lien entre La Chasse et Huis clos de J-P Sartre, je constate tout de même, à travers ce film, la constante difficulté d’évoluer en société. Thomas Vinterberg était pour moi un inconnu, je suis forcé de le reconnaître, tout comme je reconnais être totalement étranger au cinéma danois (à l’exception des films de Nicolas Winding Refn, maintenant mondialement connus). C’est donc une grande découverte que j’ai fait. Voyons donc quels ont été les points forts du film qui valut à Mads Mikkelsen le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes cuvée 2012.

Et justement, le premier bon point vient de cette interprétation de Mads Mikkelsen. On l’avait vu faire ses preuves dans Pusher avec une remarquable prestation tant le personnage joué (Tony) était vécu par l’acteur. Ici, le personnage joué est complétement différent, innocent, délicat, à la limite de la niaiserie. Un personnage auquel on s’attache tant l’empathie nous inonde principalement car les contraintes de la vie font de lui quelqu’un comme nous: rupture, rencontre, travail, routine etc… Mais il ne faut pas seulement saluer le talent du danois mais aussi celui de Klara, le personnage interprété par la toute jeune Annika Wedderkopp. Son innocence, son insouciance et son inconscience jouent littéralement avec nos nerfs, des sentiments de haine et d’injustice nous envahissent. La mise en scène autour de ce personnage est véritablement réussie. Puis dernier point casting, nous avons trouvé le sosie masculin de Scarlet Johansson !!!!! Lasse Fogelstrøm. Oui bon j’exagère peut-être mais, dans ce film, la ressemblance est frappante.

Le reste est juste parfait. T.Vinterberg filme tout en finesse des faits extrêmement graves qui viennent contrebalancer le paisible déroulement d’une vie d’adulte normale. Notre personnage Lukas est éducateur, et à la suite d’une déception fantaisiste enfantine, il est accusé de pédophilie par la fille de son meilleur ami. La mise en scène nous laisse seul une trentaine de minute pour dresser le constat du déroulement de cette vie tranquille afin de mieux nous montrer les effets dévastateurs des accusations inconscientes d’un enfant. Tout part de la bouche de cette jeune fille, une simple petite phrase va faire vivre un calvaire à notre personnage principal. Mais surtout, soyons francs la véritable coupable n’est pas la jeune Klara mais toute cette foule de gens ignobles que nous sommes. On parle souvent de l’irresponsabilité des paroles et des actes des enfants mais nous ne parlons pas assez de cette terrible crédulité qui nous habite. Rien ne peut contrecarrer les préjugés d’autrui car le raccourci est facile à faire : une enfant dit qu’on abuse d’elle, ces mots choquent, on croit en cette vieille expression fausse comme les seins de Nabilla : « la vérité sort de la bouche des enfants », on y croit, et la propagation des rumeurs laisse place aux mépris et à la haine d’une ville entière. Même acquitté par la justice rien ne changera car, bien entendu, ça fait mal de reconnaître que l’on a tort et le tort tue (oui, pardon pour cette blague).

Pour conclure, force est de constater que quels que soient les efforts que je fasse, je ne trouverai pas de défaut à ce film. Ce dernier est le stupéfiant visage de notre société qui se regarde dans un miroir. Même vous qui lisez ce médiocre texte vous y avez surement cru, n’avez-vous pas envisagé la culpabilité du personnage principal ? Ne serait-ce qu’un instant ? Parce qu’au fond rares sont ceux d’entre nous qui prennent le temps d’envisager toutes les solutions et qui ne se laissent pas dépasser par quelques travers haineux totalement humains. L’amalgame est vite fait. Quand on nous annonce dans les journaux qu’une personne est soupçonnée de pédophilie (ou quoi que ce soit d’autre : viol, terrorisme, meurtre, vol etc… parce que la pédophilie n’est qu’un exemple), peu cherchent la vérité et beaucoup se réconfortent dans leurs préjugés en le condamnant sans rémission alors qu’il était peut-être innocent. Rares sont ceux qui nous font réellement confiance, rares sont ceux qui vous aiment pour le meilleur et pour le pire. C’est cet ensemble d’idées pragmatiques qu’essaye de nous montrer ce film aux images d’une beauté transcendante. « L’enfer, c’est les autres », oui car même innocentée d’un acte odieux ne respectant aucune morale et aucune éthique, une personne peut être la cible de vicieux et déloyaux actes de vengeance et de haine causés par d'abominables diablotins, NOUS.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 391 fois
7 apprécient

The Passenger a ajouté ce film à 3 listes La Chasse

Autres actions de The Passenger La Chasse