A Chaque époque ses monstres...

Avis sur La Cible

Avatar Philippe Quevillart
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En confrontant deux monstres, l’un fictif, une vieille gloire de la série B horrifique interprétée par Boris Karloff, et un autre plus singulier, mais aussi beaucoup plus effrayant, puisqu’il s’agit d’un quidam totalement anonyme, adepte des armes à feux qui se met à dégommer gratuitement tout ce qui passe dans sa mire, le réalisateur Peter Bogdanovich, l’un des parangon du mouvement dit du « nouvel Hollywood », parvient avec une incroyable fluidité, initiée par une mise en scène sèche, à distiller une ambiance de malaise absolue, car subite et filmée avec une sorte d’immédiateté qui rentre dans une résonance totalement désaccordée avec ce portrait désenchanté d’une vieille star fatiguée.

Premier film de Bogdanovich et l’on sent déjà un style et une manière d’appréhender son sujet qui en fait un auteur au-dessus de la norme.

Sorte de parallèle entre les films de séries B à la Roger Corman, d’ailleurs l’ombre du cinéaste plane sur cette œuvre, de par la présence au générique de Karloff, et en tant dénicheur de plusieurs futurs cadors du cinéma américain, son petit culte de l’horreur gothique bon enfant et kitsch, et l’ignoble réel qui vient nous rappeler qu’elle peut frapper n’importe où, The Target est un premier coup de génie de la part d’un réalisateur qui parvient incroyablement à capter ces instants de basculement entre fantaisie et terreur pure.

C’est bluffant de réalisme glaçant et magnifié par une mise en scène d’une incroyable maîtrise. Avec cette histoire inspirée par les méfaits de Charles Whitman le tireur fou, tristement connu pour avoir perpétré le massacre de l’Université d’Austin au Texas, Bogdanovich fait exploser la frontière de la série B pour faire rentrer son film dans la catégorie des œuvres incontournables. C’est bien simple, ça renvoie à peu près tous les autres films sur le sujet, j’irai même jusqu’à inclure l’Eléphant de Gus Van Sant, je ne parle même pas des films tartes à la crème du lamentable Michael Moore, …, à leur amateurisme.

Un film rare qui frise le statut de chef d’œuvre, une sorte de Citizen Kane du film de terreur urbaine.

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