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Deuxième film d'un des membres du Nouvel Hollywood, Targets (titre original) a eu droit à une génèse toute particulière.

Offert par Roger Corman à un de ses jeunes protégés, Targets regroupe à la fois le passé et le présent dans les noms de Boris Karloff et Charles Whittman (sniper sanguinaire de la fin des années 60.
Karloff devait deux jours au tournage au célèbre producteur, ce dernier eut l'idée de départ pour le "confier" à Bogdanovich pour réaliser ce film reposant sur la chute d'un grand du film d'horreur ainsi que d'un sniper tuant froidement n'importe qui).

Afin de pallier au peu de présence de Karloff, Bogdanovich, eut l'idée d'utiliser certaines scènes de L'halluciné, réalisé au début des années 60 par Corman avec un tout jeune Jack Nichlson dans un second rôle. De cette façon, certes incongrue, Karloff avait beaucoup plus de temps de présence à l'écran que sa participation au film ne le laisse croire.

Les scènes de L'halluciné combinées aux scènes de Karloff ne suffisant pas à créer un film, Bodganovich, et sa femme Poly Platt, créent une intrigue indirectement basée sur Karloff en la peur.
Celle d'un jeune homme fanatique des armes à feu et qui possédera un fusil sniper afin de tuer gratuitement et froidement qui bon lui semble.

Ces deux histoires, aussi différentes soient-elles, vont donner d'un film OVNI sur les écrans américains, lors de sa sortie en 1968.
L'entrechoquement de ces deux histoires, donne lieu à un film violent et respectueux envers une certaine notion du cinéma (d'ailleurs, Bogdanovich interprète lui-même un réalisateur, le voir jouer avec Karloff démontre son profond admiration pour ce dernier).
D'ailleurs, Samuel Fuller participera au scénario, sans être crédité, dans les dialogues corrosifs et l'usage immodéré des armes à feu dont fait preuve le tueur.
Lorsque le film est vendu à la Paramount, et sur le point de sortir, en 1968, deux évènements surviennent, nuisant à la carrière auquel ce film aurait eu droit ; les morts de Martin Luther King et Robert Kennedy, assassinés, et rejoignant de ce fait la violence de Targets, qui, comble de l'ironie, sera la cible d'une vague de critiques appelant aux films non-sanglants, sans morts, sans meurtres, bref aseptisés d'une chose que la fin des années 60 ne connaissait que malheureusement trop bien...

Targets sort alors en catimini en 1968 et subira de plein fouet ces drames, détruisant la carrière du film, mais tous reconnurent la qualité du film ainsi que la mise en scène d'un des futurs grands du cinéma américain des 70's.

En effet, malgré son aspect fauché (aucune musique, ce qui confère à la réalité de la situation, peu de figurants, un seul décor transformé pour en créer d'autres...), les interdictions bravées par l'équipe de tournage, ainsi que l'utilisation de plans d'autres films avec Karloff, la mise en scène de Bogdnanovich donne une certaine cohérence et un rythme idéal à ce qu'on peut qualifier de très bonne série B, série B qui séduira les producteurs de
La Nouvelle Séance, et donner ainsi au réalisateur la carrière que l'on sait.

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