Le maître du Q

Avis sur La Clé

Avatar DjeeVanCleef
Critique publiée par le

Tinto Brass est un vieux libidineux rital au barreau-de-chaise-qui-pue constamment coincé dans sa bouche de cochon. Pour esquiver les vieux remugles du fascisme de Mussolini (ce vieux salopard) et de l'Italie en général, il jette dans la Venise des années 40 une de ses plus girondes créatures amatrice d'échanges de fluides corporels, l'accueillante Teresa Rolfe jouée par l'excellemment plantureuse Stefania Sandrelli ("Nous nous sommes tant aimés" de Scola, je sais pas si tu sais qu'il faut voir ce film avant de mourir), une offrande pas farouche une miette, elle est l'attraction principale de ce petit chef d’œuvre. Et tu me connais, je ne suis pas le genre à balancer des trucs à la légère, je pèse toujours mes mots.

Brass le vénitien, qui joue en plus un curé, raconte le dernier acte de la relation amoureuse d'un couple mal assorti. Un mari qui ne bande plus et sa femme qui se donne à tout les chiens de la casse de la Cité des Doges. Excepté lui, donc.
Sans complexe, il choisit la farce macabre, la chair opulente, le sein lourd et chaud qui gonfle sous les plis du tissu. Le sexe fou comme leitmotiv, il fonce tête baissée dans le gras du bide des pisse-froid et filme les fesses des femmes comme si c'était le visage de la Vierge Marie.

Sur un scénario qu'il adapte lui-même d'un roman de Junichiro Tanizaki, il fait glisser le fétichisme japonais vers sa lubie, son phare, sa raison de vivre : la lune ovale ou ronde, magistrale, trop souvent cachée et qu'il dévoile sans ambages : le cul féminin.

La culasse, le popotin, le pétard, le boule, le derche, le tarma, la croupe, le joufflu, le séant, le baigneur.
Pour être clair, le mec aime la partie charnue de l'anatomie féminine. Et je ne vais pas l'en blâmer.

Les décors trompent l’œil, Brass se joue des reflets, des ombres, des contre-jours. Le mec se prendrait presque pour Chu Yuan. Il cabotine et observe à la dérobade, comme un voyeur, moins grivois qu'à son habitude, la déliquescence de ce couple qui communique par messages codés via leurs journaux intimes.

« La Clé » restera le haut du panier, une sorte de sommet dans la filmographie de Brass, grâce à un casting au poil et à une Venise baroque, aux murs pourrissants, aux égouts à ciel ouvert, personnage à part entière d'un film qui sublime cette histoire charnelle sur fond de montée du fascisme.

Une déclaration d'amour au corps féminin. Ni plus, ni moins.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 841 fois
29 apprécient · 1 n'apprécie pas

DjeeVanCleef a ajouté ce film à 1 liste La Clé

Autres actions de DjeeVanCleef La Clé