La Clé de ton Slip

Avis sur La Clé

Avatar Ze Big Nowhere
Critique publiée par le

"Toc Toc...Hé...Hé... C'est la pub !"

C'est par ces quelques mots que nos plus belles érections adolescentes se faisaient la malle.
Ces publicités maudites pour de quelconques Shampoings anti-pelliculaire et autres boîtes de ravioli pré-mâchés venaient enrayer la belle mécanique anatomique à l'ouvrage dans nos slips délavés.
C'était le Dimanche soir. En deuxième partie de soirée. Sur M6.
C'était une époque où le sexe n'avait pas encore pignon sur rue, où l'érotisme régnait encore sur les fantasmes et parvenait, tant bien que mal, à attacher fermement la pornographie au fond du jardin comme un chien méchant.
Le jour béni pour les jeunes adolescents que nous étions à cette époque, de nous rincer l'oeil comme des malpropres sur des bouts de seins plus très frais et autres sous-vêtements en dentelles usés jusqu'à la corde du string.
Patienter jusqu'à 23 heures devant "Capital"; "Capital" et son rêve de modernité libérale, "Capital" et son goût prononcé pour la libre-entreprise, "Capital" et sa vénération pour les self-made mens qui se sont fait tout seul avec l'argent de papa.
Trépigner d'impatience devant la fourrure épaisse du mono-sourcil d' Emmanuel Chain; ce mono-sourcil dru et brun qui nous donnait un avant-goût de la séance à venir et de la pilosité naturelle de ces belles jouvencelles des années 70.
Attendre tranquillement que les vieux s'endorment sur leur gigot flageolet et se traînent comme des loques jusqu'à leur paddock en lâchant bruyamment dans l'air confiné du salon des relents aillés.
Et hop ! Surgir de derrière et se caler peinardos devant le film coquin de la sixième chaîne.

Vérifier que les vieux roupillent lourdement et c'est parti pour l'émoustillement du dimanche soir.
Bien lover au fond du canapé en faux-skaï, le rouleau de sopalin sur l'accoudoir (en cas de rhinite allergique soudaine), il est enfin temps de se rincer l'oeil.
Tous les Dimanche soir, l'excitation de la découverte du film de la semaine et des nichons à venir nous maintenait en éveil.
Mais le jeu en valait-il vraiment la chandelle ?
Cette attente insoutenable pour reluquer un bout de sein dans la pénombre ou trois poils pubiens sortant d'une culotte trop grande n'était pas toujours justement récompensée.
En effet la qualité des films - téléfilms - que nous offraient la petite chaîne qui montait n'étaient pas d'une sûreté absolue. La petite chaîne qui nous faisait monter semblait faillir quelques fois à sa réputation de fournisseur officiel d'érections télévisuelles.

Entre quelques téléfilms Ricains gavés de gonzesses en plastoc; nez refait, bouche refaite, seins refaits. Seins refaits mais à la mode eighties, hein ! Des boules de pétanque à tétines, placées en force sous une peau sèche et orangée, brûlée aux UV Californiens à 200 dollars la séance. Des Soft Porn plein de jeunes éphèbes en pantalons de satin vert pomme montés au dessus du nombril, des coupes mulet à faire pâlir n'importe quel Allemand des années 80 et des érections indestructibles. Des piscines bleu lagon où de jeunes nymphettes à brushing s'ébattaient à moitié nus en riant bêtement aux éclats en perdant le bas de leur maillot dans des plongeons approximatifs.
Une "American Way Of Life" pleine d'étalons en rut, de Californiennes nymphomanes et de garde-robes pétaradantes en somme.
Entre quelques coproductions pornographiques Européennes à la pellicule blafarde et au scénario alambiqué, remanié à la va-vite par de vulgaires monteurs de téloche pour vider toute la substantifique et obscène moelle. Des grands noms du porno des seventies comme Jess Franco, Francis Leroi et autres Frédéric Lansac venaient offrir aux yeux des chanceux les courbes magnifiques de Lina Romay, Brigitte Lahaie ou Marylin Jess.
Ces courbes appétissantes engoncées dans des tenues de soubrette, sous des fourrures bourgeoises ou dans des dentelles raffinées, dont l'on nous privaient des plus beaux morceaux pour cause de: Interdit aux - 16 ans.
Des histoires délicieusement perverses où des maris plein aux as faisaient profiter des largesses de leurs femmes à quelques jardiniers exagérément musclés ou des hommages dénudés aux années folles, ces années 30 fantasmées, avec Charleston débridé, fume-cigarette extra-long et levrette en noir et blanc.

Voilà ce que proposait M6 aux yeux gourmands des adolescents des années 90.

Mais au détour d'une bluette pleine de silicone, de blondes peroxydés et de dialogues bas du front. Au détour d'une discussion philosophique sur l'avantage d'un bonnet D pour son ascension sociale qui se terminait inévitablement en concours de tee-shirts mouillés: Venise !
Fini Los Angeles la factice, fini le royaume du carton-pâte.
Bienvenue dans la Venezzia de 1940. Bienvenue dans une Venise poisseuse, suintant la peur et le vice de ses murs décrépits. Une Venise grise et terne en plein fascisme triomphant qui tranche salement avec le Los Angeles en toc et ses filles en polystyrène qu'on t'a filé à bouffer durant toutes ces années.
Et au beau milieu de cette Venise sordide, de ce chef d'oeuvre en péril, comme un rayon de soleil sur le pont des soupirs qui redonnerait du lustre à la vieille cité marchande: Stefania Sandrelli( Nous nous sommes tant aimés, Le Conformiste, Police Python 357 ou le 1900 de Bertolucci) .
Le gros Tinto Brass, grand amateur de fessiers devant l'éternel, délaisse quelques temps les jeunes inconnus à gros culs pour s'occuper du merveilleux et célèbre postérieur de sa compatriote.
Stefania est Teresa, femme délaissé par son bande-mou de mari, qui se laissera un temps embarquer dans les perversités de son vieux compagnon et qui finalement ira trouver du réconfort avec le mec de sa propre fille, un jeune hidalgo priapique.
C'est le choc de l'adolescence !
Adieu les jeunettes insipides qui jouent au ballon les nifles à l'air sur une plage de sable blanc.
Bienvenue aux femmes mûres en bas résilles noir, aux seins lourds et au regard insistant.
Le monde venait de changer. Le regard s'était biaisé. L'étincelle avait eu lieu.
Oubliés les filles. Bonjour Mesdames.
En quelques secondes Stefania et son corps de femme, dans toute sa beauté, dans tous ses petits défauts, dans toute sa splendeur féminine, t'explosait en pleine gueule, reléguant les petits culs de vint piges aux oubliettes et marquant au fer rouge ton cerveau reptilien et ton slibard kangourou.
Sandrelli venait de créer la MILF dans ton inconscient adolescent gavé de Pamela Anderson, d'Anna Nicole Smith et autres blondasses fades comme le gigot de ta belle-mère; et trouver par la même occasion la légendaire clé de ton slip.

Forza Stefania !

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 848 fois
33 apprécient

Ze Big Nowhere a ajouté ce film à 1 liste La Clé

Autres actions de Ze Big Nowhere La Clé