Le dernier des westerns de Gary Cooper

Avis sur La Colline des potences

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Je me suis lancé dans ce film principalement attiré par son titre aguicheur : La colline des potences. Un titre qui laissait présager une intrigue faite de trahisons, de shérifs, de scélérats et d’injustices. Ce n’est pas tout à fait ce que j’y ai trouvé, et ce long métrage a été une très bonne surprise.

Tout d’abord, je n’avais pas réalisé qu’il s’agissait d’un western de Delmer Daves, l’un de mes réalisateurs du genre préférés, notamment son 3h10 pour Yuma et La flèche brisée. J’avais trouvé La Dernière Caravane légèrement en dessous, mais cette Colline aux potences renoue avec la qualité des deux premiers films sus-cités.

Sorti sur les écrans en 1959, il s’agit du dernier (des huit) western de Delmer Daves, tout comme celui de Gary Cooper, qui décéda seulement deux ans plus tard. L’acteur ne fut pas capable d’accomplir tout ce que Daves souhaitait – des scènes à cheval notamment –, car il était déjà très malade sur le tournage. Par bien des aspects, et bien que son interprétation ici soit magistrale, cette fatigue se lit sur son visage de docteur énigmatique, parfois doux comme un agneau et attentionné, et parfois bête furieuse à la violence facile.

Sans le vouloir, il semble que je me suis fait une petite thématique « docteur incompris par la société ». Un peu plus tôt dans la journée, j’ai visionné Je n’ai pas tué Lincoln, réalisation de 1936 de John Ford portant sur un médecin, Samuel Mudd, accusé de complicité et condamné à perpétuité pour avoir soigné sans le savoir l’assassin d’Abraham Lincoln (un excellent drame qui ne fait pas partie des films les plus célèbres du réalisateur, mais qui vaut vraiment le détour !) ; et hier soir j’ai commencé la série de mangas Monster autour d’un chirurgien dont la vie bascule lorsqu’il décide d’opérer et de sauver un jeune enfant orphelin plutôt que le maire de la ville. La colline des potences continue sur cette lancée !

Ici, Cooper incarne le docteur Joseph Frail qui débarque et s’installe dans une petite ville de chercheurs d’or. Très vite, il soigne et prend sous son aile un jeune voleur de pépites d’or, blessé et promis à la corde. Plus tard, c’est la belle Elizabeth Mahler, survivante d’une attaque de diligence et gravement blessée, qu’il place sous sa protection affectueuse.

Avec La colline des potences, Delmer Daves centre son intrigue sur les relations humaines, la naissance d’une amitié/d’un amour complexe dans un environnement bien spécifique, celui de la ruée vers l’or. On pourrait presque dire qu’il en résulte une enquête sociologique : chaque personnage possède une vraie profondeur, une trajectoire riche et des enjeux qui lui sont propres, avec des zones d’ombres et des ambitions. Et c’est tout le mordant du film : la richesse qu’offrent les protagonistes.

Dès les premières minutes, le western surprend en s’écartant des schémas bien connus du genre, pour tendre vers le romantisme et l’étude des mécanismes qui gouvernent cette petite société.
A ce sujet, Jacques Lourcelles, auteur d'un fameux Dictionnaire du cinéma, écrivait dans sa critique sur le film « Révolutionnaire plus tranquille qu’Aldrich, Mann et les autres mais non moins obstiné, Daves malmène les genres autant qu’un Ray ou un Fregonese, pulvérise le manichéisme traditionnel et, à travers le désordre formel que sa nature bouillonnante et féconde sème un peu partout, renouvelle profondément le cinéma hollywoodien ». Pas mal, le bonhomme !

Les partenaires de jeu de Cooper sont également exceptionnels : Maria Schell est touchante en jeune femme convalescente et momentanément aveugle, tandis que Rune (Ben Piazza) possède une psychologie difficilement cernable au premier abord. Le trio est complété par Frenchy (Karl Malden), pas plus français que la Reine d'Angleterre, chercheur d’or un peu rustre, qu’on déteste dans la première moitié et qui devient attachant dans la seconde.

Terminons cette critique avec un mot sur la nature, qui tient comme souvent dans les westerns une place très importante. Aux plans quasi documentaires sur l’installation du camp de mineurs s’ajoutent de magnifiques paysages des collines et des rivières de l’état de Washington, où le tournage s’est déroulé. Entre orages et glissements de terrain, cette nature est changeante et imprévisible.

La colline des potences est un film passionnant par son lyrisme et son approche unique de la ruée vers l’or. Comme à chaque fois avec Delmer Daves, il s’agit d’un western extrêmement maîtrisé et doté d’acteurs formidables.
Un vrai petit régal !

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