L’enfance nue.

Avis sur La Complainte du sentier

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De Satyajit Ray je n’avais à ce jour vu que La maison et le monde, il y a longtemps. Pas le meilleur sans doute, et pas le meilleur pour commencer, d’autant que c’est l’un de ses derniers films. C’est donc une entière et grande découverte que cette adaptation d’un classique de la littérature indienne de Bibhutibhushan Bandopadhyay.

C’est d’abord un grand film fauché. On raconte que Ray refuse les conditions imposées par les producteurs et tourne avec son propre argent, une équipe réduite, des acteurs amateurs en résulte un tournage laborieux et interminable. Ajoutez à cela la frilosité du gouvernement bengali qui trouve que le film véhicule une image trop sombre de l’Inde, où l’on tient à son cinéma populaire, tourné en studio avec danses et chansons. Ray fait tout l’inverse. On est en plein cinéma-vérité qui ne renie pourtant pas le mélo et le lyrisme. Cannes va sauver le film.

La complainte du sentier peut être vu comme un croisement entre le néoréalisme italien (on pense beaucoup au Voleur de bicyclette et Allemagne année zéro), le cinéma de Renoir (rien d’étonnant puisque Ray avait bossé sur Le fleuve quelques années plus tôt) et celui que fera Jean Rouch, tant son approche documentaire des rites et coutumes évoque le cinéma ethnographique.

La complainte du sentier et la trilogie d’Apu toute entière sont des films qui célèbrent la nature et les paysages, contemplatifs donc, bien qu’ils soient aussi violents et cruels, où la pauvreté y tient une place majeure. Mais ce sont des films avec une énergie positive, qui vont toujours vers l’avant malgré les diverses embûches et drames que traverse la famille d’Apu. Ce dernier résumera très bien cela dans un superbe monologue durant le troisième volet.

C’est un film très sombre, parfois déchirant autant qu’il est une chronique toute simple d’une famille indienne dans le Bengali rural des années 20. On y suit la naissance d’Apu puis sa découverte du monde et les maraudes de Durga, sa sœur aînée. Impossible d’oublier ces trois magnifiques séquences pivot : Le train au milieu des champs de blé, la pluie torrentielle et la tempête vécue à l’intérieur du foyer. Mais tout est absolument sidérant dedans, à l’image du bouleversant retour du père ou de ces nombreuses ellipses qui jalonnent le récit. Sans oublier la sublime bande originale signée Ravi Shankar qui rythme tout le film et lui offre un supplément d’âme tragique.

J’en profite pour pousser mon coup de gueule, car les éditions en circulation sont quasi désastreuses : je trouve ça scandaleux qu’on ressorte les mêmes trucs en haute définition chaque année et qu’il ne soit pas prévu de redonner un coup de polish aux films de Satyajit Ray. Un blu ray, bon sang !

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