Poisseux

Avis sur La Corde raide

Avatar Cyrille Delanlssays
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Voici un cas de polar désaxé un peu étonnant. À la manière du The Thing from Another World (1951) signé Christian Nyby et assez largement accordé à son producteur Howard HawksLa Corde Raide peut aujourd’hui être analysé comme un film totalement sous l’influence de Clint Eastwood. Et plus encore. Si l’histoire n’a jamais été officiellement débrouillée, il faut revenir aux origines d'un script rédigé par Richard Tuggle (déjà auteur de L’Evadé d’Alcatraz réalisé quelques années plus tôt par Donald Siegel avec un certain Clint Eastwood) qui devait être là matière première de sa première réalisation. Mais jugé trop lent au goût de son acteur principal, dont la vitesse d’exécution était déjà bien connue, ce dernier prit en charge le tournage de nombreuses scènes, la plupart selon certains témoins, sans s’en attribuer le crédit... et pour cause : en prenant (déjà) la place de Philipp Kaufman lors du tournage de Josey Wales Hors la Loi, il avait poussé la Directors Guild of America , un poil courroucée, à promulguer la « Eastwood Rule », qui interdit à quiconque travaillant sur un film de remplacer un réalisateur après l'avoir fait renvoyé. Dont acte.

Mais si Clint Eastwood n’a pas apposé son nom à la réalisation de ce film c’est aussi, peut-être, par ses côtés très autobiographiques. Alison Eastwood joue en effet l’une des filles du héros et porte l'ambiguïté au sommet à travers l’impudeur inhabituelle d'une intrigue noire d'encre. Et si nous suivons Wes Block, inspecteur de la nouvelle-Orléans sur les traces d’un tueur de prostituées, nous entrons également dans la vie de ce représentant de loi particulièrement trouble, attiré par les quartiers les plus chauds et quelques fantasmes sado-masochistes borderline. Quand le chasseur et la proie partagent les mêmes obsessions, cela donne un film sombre, morbide, à la lisière de l’horreur et doté d’un sadisme assumé. Il faut heureusement une idylle presque normalisée avec féministe (Geneviève Bujold, impeccable) pour recentrer un film qui part en sucette dès qu’il le peut comme en témoignent la nounou retrouvée dans le sèche linge, les chiens assassinés, et les corps filmés avec crudité.

Le film joue habillement du rouge et du noir et applique le petit manuel du Clint illustré dans ses excès les plus dérangeants. Comme protégé par le nom de Richard Tuggle, le réalisateur se permet ici de mixer ses propres thématiques dans un storytelling qui ne s’évite aucune perversité. Sorti un an après Le Retour de l’Inspecteur Harry dont il se fait l’écho dégénéré, La Corde Raide est un film poisseux, loin d’être caricatural. S’il a vieilli et accuse quelques sautes de rythme dans sa seconde partie, il permit également à Clint Eastwood d’entamer sa collaboration avec le musicien Lennie Niehaus. Passionnant.

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