Détours vers le futur

Avis sur La Dixième Victime

Avatar Eowyn Cwper
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Vingt-et-un ans avant Running Man, où Schwarzenegger interprète la « victime » d'une chasse à l'homme télévisée pour le plus grand plaisir dégénéré de foules dystopiennes, c'est Elio Petri qui a apporté sa pierre à ce sous-genre de la SF qui prend un malin plaisir à montrer l'homme enseveli sous les dérives du divertissement populaire.

Faisant planer le risque d'une guerre mondiale et donnant à ses personnages le pouvoir sur les masses, La dixième victime sera un exemple pour le cinéma de SF agité par la Guerre froide. Devançant même d'un an le Fahrenheit 451 de Truffaut, il participe à combler le retard accumulé par le cinéma sur le roman en matière d'anticipation réaliste.

Ce qui fait plaisir quand on le découvre en 2020, c'est de voir qu'il n'est pas seulement un précurseur. Prenant juste ce qu'il faut d'éléments romanesques pour se constituer un contexte de monde globalisé assez décent, le film sort très vite du sentier qu'il bat lui-même en revêtant des niveaux sociaux et culturels inattendus. Il y a par exemple une vraie projection de l'identité nationale dans le faux XXIᵉ siècle imaginé par Petri, permettant même un choc culturel futuriste entre l'homme italien et la femme américaine.

Dans la famille des défauts, je dirais que le film est un peu instable dans sa représentation des enjeux. Il représente tour à tour des personnages superficiels et rebelles qui ne s'imbriquent pas dans l'idée d'une société rivée à ses écrans. Les décors, aussi bien pensés fussent-ils, prennent alors plutôt des airs de décorations, et l'on peut imaginer qu'en 1965 déjà, les éléments de SF dont il fait usage étaient plus cocasses qu'étonnants. Dans ce cadre, la révélation de l'histoire cachée sous l'histoire est une bouffée d'air frais en même temps qu'un passage malheureusement un peu trop obligé.

Référence de SF, La dixième victime n'est pas tout à fait comme le reste de ces vieux films cultes qui ont forgé le cinéma d'anticipation et dont on n'a plus cure. Il a quelque chose bien à lui.

Quantième Art

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