La chasse à Rome

Avis sur La Dixième Victime

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Elio Petri a tenté quelque chose d'inhabituel - même pour un type comme lui qui n'appartient à aucune chapelle particulière et qui ne s'interdit aucun sujet compliqué. Habitué au thriller kafkaïen (Enquête sur un citoyen...), où à la satire mordante politique La classe ouvrière va au paradis), la 10 victime, adaptation d'un roman américain, est un polar d'anticipation qui bascule dans la pure farce durant les 5 dernières minutes (à moins que cela en soit une depuis la première ?).

Dans cette dystopie vaguement futuriste, où les nations ont encore leurs particularités propres (c'est un point qui diffère de beaucoup de récits du genre, à commencer par 1984 où les pays disparaissent pour laisser place à des grands blocs uniformes), un programme télé encourage les chasses à l'homme encadrées, et même sponsorisées par des marques. Avant running man, le prix du danger, hunger game et The Purge. Il y a un chasseur et un chassé dont les places changent à tour de rôle. Le terrain de jeu s'étend sur toute la planète, et à l'exception d'endroits précis (église, musée etc...) on peut tuer n'importe où & n'importe comment. Et les participants bénéficient donc d'une médiatisation, comme les stars de télé-réalité.

C'est un détail qui pose problème au niveau de l'intrigue. Puisque dans la prochaine manche l'américaine (Ursula Andress) doit tuer l'italien Marcello (Marcello Mastroianni). Un champion désargenté qui n'a pas les moyens d'assurer une défense correcte. Caroline (Andress) l'approche en lui expliquant qu'elle souhaite l'interviewer pour le compte d'une émission de télé, qui traite de la sexualité des italiens (on pense qu'elle a frappé à la bonne porte avec lui). Et de manière inexplicable, Marcello ne parvient pas à savoir si elle vient pour le tuer, ou pour l'interviewer.

Il a pourtant un bras droit chargé de l'aider dans ses opérations. Et on comprend mal dès lors comment le moindre doute puisse être permis... Caroline ayant un physique de déesse grecque qui ne passe pas inaperçu. Vue qu'elle est médiatisée (c'est sa 10e cible, normalement après elle a un subway gratuit), que c'est leur boulot, et surtout que c'est une question de survie, on comprend guère pourquoi la "team Marcello" est incapable de l'identifier à coup sûr comme chasseuse mortelle, et qu'ils envisagent ne serait-ce qu'une seconde de se jeter dans la gueule du loup en prenant le risque de se tromper. C'est un point scénaristique à mes yeux capital qui m'a empêché de rentrer pleinement dans l'histoire. Pendant 1h40 les deux se tournent autour, se méfient se séduisent, et ce malgré la teinture blonde qui vire au roux de Marcello, évoquant plus volontiers Robert Dhéry dans le Petit baigneur que Steve McQueen dans Bullit.

Pétri s'efforce donc de créer une ambiance polar (enfin je crois, je situe mal son sens de l'humour), et colle la bande son rigolarde très 60's de Piero Piccioni qui détricote tous ses efforts.

La fin est une succession de twists improbables qui débouchent sur la fuite des deux protagonistes. Ils se réfugient dans un avion, et Marcello s'apprête à être marié de force à Caroline. Il fait clairement la gueule, mais je connais des gens qui bien plus coopératifs à l'idée de s'unir officiellement à cette sublime suissesse. Le mariage ne dure pas très longtemps, puisque le prêtre à la gâchette facile... Fin

Film difficile à analyser. On retient au final un duel très daté entre deux sex-symbols, chapeautés par un réalisateur cynique et singulier mais qui ne propose rien de plus qu'un autre, et même moins que les autres films du genre. Le résultat vieillit assez mal, et cette charge contre la soif de spectacle et la publicité est un peu plate. Reste deux monstres du cinéma fascinants à regarder et un certain talent de mise en scène.

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