What. The. Fuck.

Avis sur La Femme publique

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Zulawski qui fait son Mépris, après Fassbinder et son Prenez garde à la sainte putain, ça a de la gueule, du moins sur le papier. Et sur pellicule, ça en a tout autant, l'hystérie explosive du cinéaste toujours au rendez-vous fait diablement mouche. Un an avant l'Amour braque et son romantisme décharné et tragicomique, Zulawski castait donc Francis Huster, acteur très médiocre transcendé par la direction fucked up du génie polonais, dans cette fable violemment grinçante et satirique sur le milieu du spectacle. Huster y tient donc le rôle d'un réal mégalomane adulé par la critique qui rencontre une jeune Valérie Kaprisky, dont l'auteur semble se moquer à demi-mot : l'actrice cabotine volontairement, en fait des caisses, pour satisfaire les attentes de Huster dont elle deviendra rapidement la maîtresse.

Dit comme ça, on craint un peu de se retrouver devant une oeuvre prétentieuse qui fait de la mise en abîme pour se foutre gratuitement de la gueule de ses contemporains, façon Birdman. Mais, et c'est bien là qu'Innaritu devrait en prendre de la graine, Zulawski brouille les pistes, fait éclater tous les lieux communs, et l'effusion passionnelle prend le relais. C'est N'IMPORTE QUOI, dans le bon sens du terme, les sous-intrigues se multiplient sans aucun lien apparent, la trame s'alambique sans aucune explication. C'est là toute la force de ce film baroque que de tromper les attentes du spectateur, de déchiqueter les tonalités, par simple plaisir de faire dans le bordel filmique. Mais, Zulawski sait insérer des scènes d'une surprenante beauté dans cette farce hystérique communicative, incroyablement bien tenue grâce à la maestria formelle du cinéaste : l'impression, comme l'Amour braque, de voir un fatras d'idées de cinéma, d'esthétiques différentes, du sordide des scènes de sexe (comme toujours très frontales) et des appartements parisiens miteux, à la valse romantique d'une ballade nocturne dans la capitale.

Cela dit, petit tempérament, c'est moins beau et moins impressionnant que certains films de Zulawski, parce que c'est le style qui le veut. La patte, on le sait bien, est casse-gueules au possible, et elle est ici poussée dans ses plus franches extrémités : le grotesque volontaire du film sait aussi bien être sublime que ridicule. Mais en tous cas, Zulawski y va à fond, sans prendre de gants, n'en a rien à foutre, et rien que ça, rien que ce dynamisme et cette énergie comparables à aucune autres, qu'on se le dise, ça force le respect.

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