L'angoisse du doute

Avis sur La Fille au bracelet

Avatar Eric ROBINNE
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Voici un film malin, habile, bien fait qui nous confronte à nos préjugés, à notre capacité d'analyse et à nos ressentis. Le message du réalisateur Stéphane Demoustier serait peut-être celui-ci : "Si vous étiez juré, quelle aurait été votre sentence ?".
Vous êtes prévenu...
Eh là... le doute s'installe. Tout au long du film, l'histoire nous ballade au cœur du procès en assises de Lise, remarquablement interprétée par Mélissa Guers, pour son premier rôle. A-t-elle tué sa meilleure amie ? Jamais le réalisateur ne juge et c'est tout en finesse qu'il nous promène entre la culpabilité et l'innocence. Laissant s'installer un doute pernicieux dans chaque spectateur. Lorsqu'en fin de projection, le réalisateur a demandé aux spectateurs quelle était leur position entre acquittement et condamnation, la salle était partagée. Et c'était logique.
La reconstitution du drame pendant le procès nous révèle comment l'absence des parents, les envies d'une jeunesse adolescente, la liberté sexuelle, la découverte de la sensualité, les excès en situation de groupe, peuvent s'entrechoquer pour conduire vers un drame regrettable, imprévu, qui engendrera une catastrophe en chaîne mal vécue par tous les personnages. Cette reconstitution méthodique, subtile et minutieuse nous fait tranquillement osciller d'un bord à l'autre nous plongeant dans une sorte d'angoisse diffuse et inconfortable. Lentement, on attend la fin, car, bon sang, "on va savoir"... !
Bah, non ! On ne saura pas, et le spectateur n'aura plus qu'à partir avec ses frustrations, son doute et son inconfort.
Le procès se déroule comme dans la "vraie vie". Entre interrogatoires, analyses d'experts, projections de vidéos, plaidoiries, le spectateur s'immerge dans les procédures, les joutes verbales, les silences pour ne pas en ressortir indemne.
Le jeu des acteurs est remarquable. Face au visage blême, renfermé, impassible, Lise semble porter toutes les fautes du monde, alors qu'elle n'est là, désarmée, presque perdue, que pour apporter une réponse à un crime qu'elle n'a peut-être pas commis. Comment toutes les expériences de la jeunesse, maladroites ou décalées, pouvaient-elles la conduire derrière cette vitre sans comprendre qu'il fallait assumer ses actes, aussi absurdes soient-ils ?
Anaïs Demoustier, la sœur du réalisateur, est parfaite en procureur général. Elle utilise tour à tour l'insinuation, la manipulation, et l'analyse froide des faits pour livrer sans trembler ce qu'elle pense être la bonne solution. Au contraire d'Annie Mercier, avocate de Lise, qui interpelle la responsabilité des jurés et quelque part celle de la société pour ne pas condamner inutilement. Quant à Pascal-Pierre Garbarini, il impose une respectabilité et un professionnalisme évident, puisqu'il est avocat de métier. Sa bonhomie tranquille, son parler vrai, son sens du texte en fait un personnage important de ce procès décortiqué comme rarement fait.
Rochy Zem et Chiara Mastroianni sont excellents dans leurs tourments, leurs inquiétudes, leur ressenti, leur découverte d'avoir été dépassés par les actes de leur fille.
C'est un excellent film que je vous recommande. Même si l'angoisse du doute ne vous quittera pas en sortant de la salle.

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