"Jeunes femmes et vieux messieurs / Si elles n'ont pas d'amour quelle importance"

Avis sur La Fille de Ryan

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Pas d'introduction : je suis fatigué.

L'espoir c'est un poison. Déjà noyée dans ses rêves, Rosy souhaite se voir arrachée à son ennui et quelle meilleur exutoire que l'amour ? La voilà précipitée par un élan désespérée contre Charles, professeur de son état. Lui qui croit avoir laissé de côté ce pan de sa personnalité.

La première lucidité de Charles, sa réticence à céder à ses sentiments, s'efface vite. Alors qu'il passe de professeur à amant il oublie ses propres leçons, lui qui reconnaissait pourtant qu'entre ses mains Rosy fanerait, vieillie avant l'âge, comme les fleurs qu'il sacrifie à sa collection.

Je ne sais que penser de la population de ce petit village irlandais si ce n'est que je la trouve détestable. Tout semble être à ses yeux prétexte à la moquerie sans pourtant d'amusement, à la débauche sous couvert de fête. Les villageois sont rongés par un je-ne-sais-quoi qui contamine tout le reste. Durant les noces, aucune bonne humeur. Seulement du morbide alimenté par une vaine course à la joie, dont l'échec inéluctable ne fait que renforcer l'obstination des participants. C'est à mon sens le passage le plus violent du film.
Cette obstination les pousse à tenter de s'accaparer le bonheur qu'ils supposent aux mariés en embrassant de force Rosy. Devant le père impuissant, Charles emporte sa femme à l'abri. Le passage de flambeau se fait entre les deux hommes et lorsque la porte se referme la violence populaire est refoulée en même temps que l'ancienne vie du personnage éponyme.

Vient alors la nuit de noces à proprement parler. Tout se calme, tout se pose.
Lentement Rosy tente de trouver sa place et gauchement les deux mariés essaient de s'accorder.
Moment touchant auquel succède l'apothéose de la violence. La foule à l'extérieure projette du grain sur les vitres. La violence contamine les mariés. Le ton est donné, les Shaughnessy ne formeront jamais un couple à part entière, au mieux un binôme boiteux.
Arrive une scène d'amour misérable, sans amour et seulement formelle, cérémonielle. Une étreinte froide, presque sordide par laquelle les deux inaugurent ce mariage.

La vie de couple qui se met en place est une torture pour Rosy. Et le moment où elle va vraiment rompre avec cet état de fait est une scène dans la forêt. C'est une de ces scènes muettes par nécessité car toute parole est superflue et même néfaste à l'action cinématographique. C'est dans cette scène que l'on sens toute la proximité qu'entretiennent l'héroïne et l'amant qu'elle a rencontré et avec qui elle échappe à son ennui et à sa détresse.
Avec cette scène le personnage de Rosy découvre ce qui lui manquait et qu'elle n'avait su exprimé. "Tu as un bon mari, suffisamment d'argent, une bonne santé ? Il n'y a rien d'autre" sermonnait le prêtre. C'est oublier le relationnel, l'amour. Un couple est un ensemble uni, pas juste une somme d'individus. Elle qui voulait être transformée par le mariage ou par le sexe s'est retrouvée emprisonnée, forcée à être ce qu'elle méprise en elle-même, tandis qu'avec le jeune officier se produit l'alchimie.
Cette scène est un miroir de la scène des noces, toute en non-dits.
Ici rien ne sépare les amants seuls dans la forêt. Les personnages s'accordent parfaitement.
Le jeu parfait des acteurs et la maîtrise de la réalisation font de cette séquence un moment suspendu dans le temps, la musique se tait et le vent semble laver les personnages de leurs doutes et de leurs regrets.
Puis ce moment passe, et se retrouvant dans les bras l'un de l'autre les personnages écrivent une page de leur histoire et forment un rêve dans lequel ils essaieront de se rejoindre aussi longtemps qu'ils s'aimeront.

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