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La Fille de nulle part par Chro

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Par Murielle Joudet

On pourrait, bien sûr, s'amuser de l'amateurisme certain avec lequel Brisseau bricole les effets spéciaux de La Fille de nulle part. On le pourrait si Brisseau (http://www.chronicart.com/digital/jean-claude-brisseau-les-tables-tournantes-je-les-engueule/) ne parlait si gravement, si sérieusement, de ce dénuement, s'il n'expliquait qu'il a tourné ce film pour voir « si l'on peut créer de l'émotion avec rien ». Ce ton, propre à Brisseau, c'est aussi celui avec lequel Michel, veuf et ancien prof de mathématiques à la retraite auquel il prête son imposante stature, tente d'expliquer le plus rationnellement du monde à Dora (Virginie Legeay) comment un mégot tombé sur sa terrasse a pu se déplacer tout seul, sans l'aide du vent. Ce ton bouleverse, parce qu'il est plein du sérieux d'un petit garçon qui est sûr de ce qu'il a vu, contre l'avis de tous. C'est aussi le sérieux du magicien, celui qui remet en doute ce que tout le monde avait cru voir. Stanley Cavell disait que, contrairement aux autres arts, le cinéma ne venait pas de la religion mais de la magie. Avec La Fille de nulle part, Brisseau se présente à nous comme un dévot magicien qui aurait fait vœu de pauvreté.

Cette pauvreté c'est, de toute façon, le bricolage d'artificier avec lequel Brisseau fait ses films, lui qui aimerait filmer l'absolu avec trois sous en poche. Il faut donc beaucoup suggérer, filmer l'invisible, parler beaucoup (la figure du savant ou du professeur revient toujours), faute de pouvoir tout montrer. Cet art de la suggestion charrie avec lui ses thèmes, filmables sans moyens : la marge, la rébellion et le paranormal, très tourneurien ici, et que Brisseau partage aussi avec Rohmer. Il suffit d'ailleurs de traduire le titre du film en anglais - The Girl from Nowhere - pour redonner au film toute sa dimension de série B. Cette influence américaine, qui pousse sur fond de paysage français très marqué, donne à la filmographie de Brisseau un caractère instable et hybride, difficile à identifier, quelque part entre les productions RKO et la série Sous le soleil.La Fille de nulle part assume presque malgré lui cet arrière-plan américain, et il s'agit d'ailleurs littéralement d'un arrière-plan : impossible de regarder le film sans balader son regard le long des piles de DVD et de VHS qui jalonnent les murs de l'appartement de Michel (qui est celui de Brisseau), impossible de ne pas le voir à la lumière de ces titres qui fonctionnent comme des portes entrouvertes laissant passer des courants d'air américain. (...)

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