Lignes de métro, de vies, de conduite

Avis sur La Fille du RER

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Une rame de RER filant derrière une roller skateuse à la démarche chaloupée, deux lignes (de vie) se croisent dès les premiers plans du film. L'une plus sinueuse que l'autre, c'est celle de Jeanne (Emilie Dequenne, totalement opaque, lumineuse et géniale !) jeune femme un peu désœuvrée, paumée, en quête de tout, d'un job, d'un mec, d'elle même, sans doute... et puis il y a le monde autour, celui du RER, qui file droit vers un but inexorable, celui de sa mère (Deneuve émouvante) dont le destin semble tracé et inébranlable...

Il y a deux temps dans le cinéma de Téchiné, celui des 20 premières années, magnifique dans son maniérisme lyrique et sa force d'émotion. et puis, celui des dernières années (depuis Les roseaux sauvages) semblant rechercher davantage l'épure et touchant ainsi plus souvent à une grâce inouie.

La fille du RER appartient sans conteste à cette deuxième partie et pousse même cette fois l'épure jusqu'au mystère:
le film se joue en deux temps intitulés "Les circonstances" et "les conséquences" mais jamais Techiné ne tentera d'expliquer, ni encore moins de "psychologiser" les raisons de l'invraisemblable mensonge de la jeune fille.
La magnifique opacité de sa comédienne principale épaississant même le mystère...
La première partie est absolument magique et l'on y retrouve le génie de l'auteur des Témoins ou des Voleurs. La deuxième n'en est pas moins réussie mais certains personnages me paraissent totalement inutiles dans leur volonté justement à expliquer, condamner ou politiser les faits.
Matthieu Demy et Ronit Elkabetz sont formidables mais leurs personnages font un peu taches dans ce beau mystère tissé dans la première partie.
C'est mon seul bémol sur le film.

Heureusement Techiné parvient à réintroduire de la grâce en écartant de nouveau le film de toute analyse théorique avec le superbe personnage de Nathan (Jeremy Quaegebeur, charismatique et nonchalant) adolescent mature qui remettra le film dans les rails desquelles il n'auraient jamais du s'échapper, celle du mystère de l'esprit humain, du simple mensonge à la mythomanie. Le film revenant alors à la lumineuse opacité d'Emilie Dequenne et s’achevant comme il avait commencé: en beauté !

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