Plein de vitalité mais peu original

Avis sur La Fille du patron

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Nous sommes en pleine partie de rugby. Une ambiance collégiale où l’on partage le bonheur des choses simples, dans un esprit de respect, d’engagement et de solidarité. Ces joueurs-là ne sont pas que passionnés : ils sont aussi collègues et jouent au nom de leur usine textile. Bref, Olivier Loustau – ici réalisateur et protagoniste – brosse le portrait idéal d’une famille de cœur dans le milieu ouvrier de France.

Mais cet équilibre se retrouve bouleversé lorsqu’Alix, jeune ergonomiste, rejoint l’équipe pour effectuer une étude sur le « bien-être du corps au travail ». Celle qui est en réalité la fille du patron décrypte, analyse, observe ces ouvriers, soudain devenus « objets d’étude », sans cesse scrutés, filmés, suivis… Une intrusion dérangeante dans la vie de travail de ces hommes parfois potaches, qui n’acceptent pas d’être ainsi jugés par une jeune femme qui ne leur ressemble pas; soulignant à cette occasion la lutte des classes et la différence d’âge qui habitent le film. Par ailleurs, un troublant appétit dévorateur pour les corps, rappelant par moments la fascination bizarre du couple Benoît/Héléna dans « Le sentiment de la chair » (Roberto Garzelli), qui foudroie bientôt la jeune femme et Vital, l’ouvrier en pleine crise conjugale.

Si « La fille du patron » se veut transgressif et effectivement plein de vitalité, on peut en revanche s’interroger sur sa mécanique finalement peu originale. Olivier Loustau fabrique ainsi une jolie romance sur fond de film social, sans pourtant chercher à renouveler le récit : une histoire d’amour impossible, une incompatibilité sociale, une génération différente… Le film s’appuie sur le parallèle permanent entre l’osmose brisée de l’usine et, paradoxalement, la fraternité qui continue de les unir dans le sport. De la même manière, l’amour des personnages se brode comme on tisse le textile et son rythme se construit sur celui des machines de l’usine : à flux tendu. On est ainsi jamais loin de voir la machine dérailler, en perpétuel déséquilibre. Ce qui aurait pu être un élément particulièrement intéressant, si toutefois il avait permis, au moins, de faire émerger le doute.

Or « La fille du patron » donne parfois l’impression de « déjà vu », sans parvenir à égaler l’émotion d’un « Discount » (Louis-Julien Petit) ou « Ma part du gâteau » (Cédric Klapisch) ni transcender son sujet, pourtant multiple. A découvrir, donc, avec toute l’indulgence d’un premier long-métrage.

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