Langeur d'onde...

Avis sur La Forme de l'eau

Avatar Fritz Langueur
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"Le forme de l'eau" me fait penser à certaines toiles de maîtres, portées au nues par le milieu artistique, médiatique et le public qui se pâment et s'extasient, mais que je ne voudrais absolument ni posséder ni avoir ça chez moi. Le genre d'oeuvre que j'ai vu une fois et m'a laissé froid. Et pourtant je parle d'un film de Guillermo Del Toro, poète sombre du sublime "Labyrinthe de Pan", génial réalisateur de "L'échine du diable", fabuleux conteur d'histoire avec "Crimson Peak", malin créateur de "Pacific Rim" ou "Hellboy"...

Sans tomber dans la démesure, je pense que c'est sans doute la plus grosse déception de la décennie. Rien ne semble être comme il devrait et cela se ressent dès les toutes premières minutes. L'habile habillage du film façon sixties (rutilant mais sonnant faux), le jeu des acteurs (ouh là là le vilain Strickland !), le montage stroboscopique (oui, oui on a bien compris la pauvre vie d'Elisa est non seulement vide de sens, mais répétitive...) évoquent le savoir faire télévisuel des séries d'alors, une sorte d'univers kitsch étriqué aussi suave qu'une poignée de cacahuètes caramélisées, aussi factice qu'une DS de Dinky toys.

Sur 2h de film, si la première demi-heure est loupée, quid, le meilleur reste à venir. Je l'ai attendu, longtemps, très longtemps trop longtemps. Je n'ai pas su me satisfaire des maigres scènes entre Elisa et la créature, les œufs, ce n'est pas très glamour. Et alors qu'elle aurait dû lui sauter au cou, lui chercher des poux de mer, lui enfoncer ses ongles et ses doigts délicats dans la jungle de ses écailles... rien au presque exceptée une scène, presque aussi ridicule que celle du King Kong sur la glace de Jackson, où comme deux hippocampes, ils réalisent un balai trop sage pour être en nage.

Je le suis demandé si la scène musicale n'était pas un recyclage d'une idée que Manu Payet n'aurait pas retenu pour la cérémonie des César. Je me suis demandé comment le bâton à impulsion électrique était arrivé là (la torture à l'époque était encore la gégène !). Je me suis demandé comment deux simples employées pouvaient entrer faire le ménage dans un labo top secret. Je me suis demandé pourquoi il avait mangé le chat (gratuit et pas marrant). Je me suis demandé... bref trop de questions sans jamais de réponse à l'écran.

C'était le plouf assuré.

Dans tous les grands naufrages on se demande qu'elle a été la cause. Scénario miteux ? Oui ! Absence d'empathie pour Elisa et la créature ? Oui ! Trop de rondeurs ? Oui !

Certes, nous sommes pendant la période de la guerre froide, la traiter de manière plus caricaturale, même Elia Kazan et son pote McCarthy n'auraient pas osé. Jamais Guillermo n'offre une belle scène complice entre ses deux tourtereaux, il dulcifie, il édulcore, il minaude... Et tout est beau dans les meilleures des ondes...

Il est temps que Del Toro reprenne son bâton de pèlerin de cinéaste du monde ! Trop enfermé dans les studios il est à l'image de sa créature. Il se dessèche et perd toute sa substance.

A l'heure où je termine ces lignes, le film vient de recevoir l'Oscar sacré (plus trois autres)... Les sanglots longs des violons de l'hiver blessent mon cœur d'une langueur trop sévère...

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