Ô sombrero de l’amer

Avis sur La Forme de l'eau

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La Forme de l’eau n’est pas dénué de défauts. Certaines personnes s’amuseront de dénicher chaque acte de niaiserie dans le long-métrage de Guillermo del Toro. D’autres relèveront, avec un malin plaisir, le manichéisme faussement apparent de ce film, tout en argumentant qu’il se situe dans l’ère du temps. S’il ne faut pas masquer les effets de la conjoncture actuelle dans la production d’une pièce artistique, dépouiller l’œuvre jusqu’à l’arête, de cette manière, ne semble pourtant pas pertinent tant cela conduit à minimiser des qualités indéniables à la partition cinématographique récompensée aux Oscars. Plus que les imperfections, que tout le monde, à l’exception des aveugles et des sourds, auront remarquées bien assez tôt, il convient de souligner la richesse strictement généreuse de La Forme de l’eau. Il est par conséquent utile de regarder le drame romantique du réalisateur mexicain en filtrant cette rivière salie d’erreurs narratives évidentes mais au goût tout à fait appréciable ; ainsi le visionnage les digère plus facilement, voire, les évacue dans le canal de l’oubli. Cela fait, l’ode amoureuse en devient plus mémorable, comme cette langueur caressante qui pénètre le cœur.
Fantasmagorique, « The Shape of Water » l’est absolument.Œuvre sur la solitude et le sentiment humain, La forme de l’eau est un conte maîtrisé mais assez froid.

Pourtant, l'une des raisons pour laquelle nous aimons le cinéma c'est bien parce que dans cet horizon infini de films et de personnages nous sommes tous arrivés à ce moment éclatant où nous avons trouvé quelqu'un, quelque chose, une création qui nous parle.Guillermo del Toro est pour moi un créateur de monde(s).

Disons le tout de suite : The Shape of Water » n’arrive pas à la cheville des envolées esthétiques et thématiques du « Labyrinte de Pan » qui reste encore le chef-d'œuvre de Del Toro. Mais c’est une œuvre attachante, voire intrigante, d'un des artistes les plus imaginatifs du cinéma. Un film profondément humaniste, intelligent et bien interprété, scrutant les profondeurs aqueuses de nos psychés, nos histoires et nos désirs. Cette fable très sombre et déroutante, combinant douceur, réalisme, violence avec quelques pics d’humour noir, ne manquera pas de vous toucher, tout en vous faisant revoir la définition du mot amour.

Et quelle joie d’entendre de nouveau Alexandre Desplats en grande forme et proposer un travail musicale recherché et très bien ancré avec l’imagerie du film ! Le thème principal aux cordes avec cet enchainement de notes au piano et la sifflote derrière caractérisant bien l’étrangeté de la situation mais aussi son charme. Et du charme, on en trouvera aussi dans les chansons composées par Desplats pour le film et chantée par Madeleine Peyroux pour La Javanaise ou encore You'll Never Know chantée par Renée Fleming.

J’ai juste un peu de regret sur un manque de subtilité quant à la représentation de l’américain conservateur et d’émotion dans l’histoire d’amour entre Elisa et l’amphibien humanoïde, mais en tant que tel je ne vais pas en faire tout un plat.Heureusement, cet ombre est vite recouvert par l’histoire d’amour aussi muette que tendre et poétique, voire même sensuelle entre Elisa et l’homme amphibien. Leurs échanges basés sur les signes et les vocalismes du monstre faisant toujours mouche et les instants d’intimité qu’ils partagent s’avèrent toujours très juste. Au-delà de l’histoire d’amour à La Belle et la Bête très joliment revisité et de la patte tant dans la forme que dans le fond du cinéaste, Guillermo Del Toro prouve ce qu’il n’a pas forcément besoin de prouver en tant qu’auteur, à savoir donner une âme et une vie à son récit en dépit de quelques maladresses parcheminés.

Et je pense qu'ainsi ce long métrage peut embrasser chacun comme une immense allégorie du cinéma dans son entièreté, qui brille par sa sincérité, par son premier degré presque enfantin et désespérément poignant. Aimez la différence, aimez ce qui vous est étranger.

Shape of Water, hymne à l'amour.

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